Galerie de photos, par Anatole et Inga Velitchko

Lecture poétique sur l’Île Sainte-Marguerite








Quand le Festival de poésie de Cannes fait son cinéma




Allocutions officielles d’ouverture du Festival

Déroulement du Festival









Galerie de photos, par Anatole et Inga Velitchko

Lecture poétique sur l’Île Sainte-Marguerite








Quand le Festival de poésie de Cannes fait son cinéma




Allocutions officielles d’ouverture du Festival

Déroulement du Festival









Atelier animé par Yves Ughes
Poème de Maria Blasquez
La main paralysée
La main,
créee pour façonner écrire et aimer caresser et guérir
hésite et se fige
sur la page blanche glacée
paralysée
comme en suspens
sur le tumulte des flots, l’abîme insondable
et changeant
de pensées
d’images
et de sons.
Le souffle court le coeur battant
les mots à la bouche
se bousculent en silence tressaillent
et se perdent
comme de l’eau vive dans des sables mouvants
Insaisissables les phrases, inexprimables les sensations les vertiges… Les mots glissent et s’enfuient
sans oser se dire et tombent
dans le puits profond de l’oubli
Quel barrage invisible
gardien d’un ancien secret,
sentiment trop lourd
d’imposture et de honte
arrête la main dans son élan d’amour ?
Du désir ou la peur
Qui aura le dernier mot ?
Poème de Marie-Christine Gay
À l’abri des cils
mes yeux immobiles scrutent
candélabres de l’âme
Œilletons souvent verrouillés
Parfois ténèbres
parfois lumière
parfois cruels
parfois infidèles
Cierges solitaires
Sur la route des mondes
Un bouton de jonquilles
s’extasie devant un tronc noueux
il garde la vigilance des pensées
sur la vase immergée
Voyage toujours dans la clarté
sur les rives féeriques
de la neige immaculée
de ton regard très aiguisé.
LA PSALMO-THERAPIE
LE PSAUME 139

Étude littéraire
Ce psaume m’a toujours accompagné sur mon chemin spirituel, et plusieurs fois dans ma vie des paroles m’ont été données, tirées de ce psaume, en particulier dans des moments difficiles. Il a été une vraie thérapie spirituelle et je le considère, avec Robert Michaud, Alphonse Maillot ou André Lelièvre, comme le plus beau du Psautier. Il appartient à une collection (Ps138 à 145) dédiée au roi David.
Seigneur, tu me connais parfaitement
1 Du chef de chœur. De David. Psaume.
Seigneur, tu m’as examiné à fond, tu me connais ;
2 toi, tu sais quand je m’assieds et quand je me lève,
tu comprends de loin ma pensée ;
3 tu sais quand je marche et quand je me couche,
et tu pénètres toutes mes voies.
4 Car la parole n’est pas sur ma langue
que déjà, Seigneur, tu la connais entièrement.
5 Par-derrière et par-devant, tu m’assièges
et tu mets ta main sur moi.
6 Cette connaissance étonnante me dépasse,
elle est trop élevée pour que je puisse la saisir.
7 Où pourrais-je aller pour échapper à ton souffle,
où pourrais-je fuir pour t’échapper ?
8 Si je monte au ciel, tu y es ;
si je me couche au séjour des morts, tu es encore là.
9 Si je prends les ailes de l’aurore
pour aller demeurer au-delà de la mer,
10là aussi ta main me conduira,
ta main droite me saisira.
11 Si je dis : Au moins les ténèbres me submergeront,
la nuit devient lumière autour de moi ;
12 même les ténèbres ne sont pas ténébreuses pour toi,
la nuit s’illumine comme le jour,
et les ténèbres comme la lumière.
13 C’est toi qui as produit les profondeurs de mon être,
qui m’as tenu caché dans le ventre de ma mère.
14 Je te célèbre, car j’ai été fait de façon merveilleuse.
Tes œuvres sont étonnantes,
je le sais bien.
15 Mon corps ne t’était pas caché
lorsque j’ai été fait en secret,
tissé dans les profondeurs de la terre.
16 Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient ;
et sur ton livre étaient tous inscrits
les jours qui furent façonnés,
avant qu’aucun d’eux n’existe.
17 Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables !
Que la somme en est grande !
18 Si je les compte,
elles sont plus nombreuses que les grains de sable…
Je m’éveille, et je suis encore avec toi.
19 O Dieu, si seulement tu faisais mourir le méchant !
Hommes sanguinaires, écartez-vous de moi !
20 Ils parlent de toi selon leur astuce,
ils t’invoquent pour tromper, eux, tes adversaires !
21 Seigneur, comment ne détesterais-je pas ceux qui te détestent,
comment n’aurais-je pas du dégoût pour ceux qui se dressent contre toi ?
22Je les déteste totalement ;
ils sont pour moi des ennemis.
23 Examine-moi à fond, ô Dieu, et connais mon cœur !
Sonde-moi, et connais mes préoccupations !
24 Regarde si je suis sur une voie mauvaise,
et conduis-moi sur la voie de toujours !
Traduction de la nouvelle Bible Segond © Société biblique française-Bibli’O, 2002
Première édition de la Bible d’étude : sous la direction de Henri Blocher, Jean-Claude Dubs†, Mario Echtler†, Jean-Claude Verrecchia, coordination Didier Fougeras.
D’après Antoine Nouis, ce psaume commence par « la belle assurance de l’omniscience de DIEU », son omniprésence et sa toute-puissance puis suite à la louange, le psalmiste découvre une haine au fond de lui (V21) : il est alors pris de doutes et se fait plus humble et même suppliant.
Souvent les psaumes vont de la détresse à l’assurance, celui-là est à l’inverse. À tel point que certains théologiens ont pensé qu’il s’agissait de 2 psaumes différents.
Première Partie : l’omniscience de Dieu (versets 1-6)
La connaissance que Dieu a de l’homme est totale, cette totalité s’exprime au moyen d’oppositions et d’une anaphore « tu sais » : rien ne t’échappe.
Dieu nous connaît :
V2 toi tu sais, « je m’assieds et quand je me lève »
V3 tu sais « quand je marche et quand je me couche, »
V5 « Par-derrière et par-devant, tu m’assièges »
V2 « tu comprends de loin ma pensée »
V3 « tu pénètres toutes mes voies. »
V4 « Car la parole n’est pas sur ma langue que déjà, Seigneur, tu la connais entièrement. »
V2 « tu comprends de loin ma pensée ; »
V5 « tu mets ta main sur moi. » au présent
V6 « Cette connaissance étonnante me dépasse, elle est trop élevée pour que je puisse la saisir. »
Dieu n’a aucune limite temporelle ou spatiale, il est toujours près de chacun. Il n’a pas le regard d’un surveillant, mais d’un père céleste qui est au côté de son enfant dans la vérité de sa personne, et dans tous les actes les plus humbles et les plus banals de sa vie et à plus forte raison ses manquements. Dieu connaît tout de ses blessures et de ses désirs.
Deuxième partie : l’omniprésence de Dieu (verset 7-12)
Il est impossible d’échapper à Dieu : V7 « où pourrais-je fuir pour t’échapper ? »
Trois anthropomorphismes (souffle, main, main droite) le démontrent dans les versets 7 et 10:
V7 « Où pourrais-je aller pour échapper à ton souffle, »
V10 « là aussi ta main me conduira, ta main droite me saisira. »
Il est impossible d’échapper à Dieu où que l’on soit au niveau vertical :
V8 « Si je monte au ciel, tu y es ; si je me couche au séjour des morts, tu es encore là. »
Au niveau horizontal, les ailes de l’aurore sont une image poétique qui évoque l’orient et l’au-delà des mers évoque l’occident[1]
V9 « Si je prends les ailes de l’aurore pour aller demeurer au-delà de la mer, »
Le psalmiste dit qu’il voit les ténèbres le submerger, mais l’omniprésence de Dieu traverse et apporte sa lumière. V11 « Si je dis : Au moins les ténèbres me submergeront, la nuit devient lumièreautour de moi ; »
V12 « même les ténèbres ne sont pas ténébreuses pour toi, la nuit s’illumine comme le jour, et les ténèbres comme la lumière. »
(Répétition qui renforce le point de vue)
L’utilisation d’une figure de style comme cet oxymore vise à renforcer l’étonnement de cette présence de Dieu. Cette omniprésence de Dieu pourrait faire peur mais cil s’agit d’une bonne nouvelle, car il n’est pas de lieu ou l’on ne puisse saisir la main que le Seigneur ne cesse de tendre. Dieu est présent même au séjour des morts, on peut voir une analogie avec la mort et la résurrection du premier-né d’entre les morts. Le chapitre se termine par une espérance même si l’on est plongée dans les ténèbres, Dieu est encore là et l’on reste toujours sous son regard lumineux.
Troisième partie : la création de l’homme (versets 13-18)
La strophe se divise en 2 parties
Le psalmiste découvre que Dieu était présent dès sa conception dans le ventre de sa mère.
V13 « C’est toi qui as produit les profondeurs de mon être, qui m’as tenu caché dans le ventre de ma mère. »
Puis il découvre qu’il est aimé de Dieu et qu’il est une créature merveilleuse tel qu’il est.
V14 « Je te célèbre, car j’ai été fait de façon merveilleuse. Tes œuvres sont étonnantes, je le sais bien. »
Les enfants sont conçus dans le secret du lit conjugal et c’est dans le secret que s’établit notre relation à Dieu
V15 « Mon corps ne t’était pas caché lorsque j’ai été fait en secret, tissé dans les profondeurs de la terre. »
La conception mythique de la terre-mère établit un parallèle avec le sein maternel.
Ces versets évoquent la pleine connaissance que Dieu a de l’homme, merveille de la création, aussi bien avant sa conception que dans le déroulement de ses jours.
V16 « Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient ; et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui furent façonnés, avant qu’aucun d’eux n’existe. »
L’homme est à la fois pleinement libre et totalement entre les mains de Dieu
Dieu connaît absolument tout de nous, en revanche il reste pour nous une énigme. (V17-18)
V17 « Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables ! Que la somme en est grande ! » V 18 « Si je les compte, elles sont plus nombreuses que les grains de sable… »
Vouloir sonder le mystère de Dieu est une épopée impossible : une seule certitude à la fin du V18 : « quand je m’éveille, je suis encore avec toi »
Cette contradiction entre la liberté totale de l’être humain et le fait d’être totalement entre les mains de Dieu donne encore plus la certitude de l’impénétrabilité des pensées de Dieu. Plusieurs interprétations de ce chapitre nous mettent devant le mystère de la révélation progressive de Dieu aux hommes.
Quatrième partie : le jugement divin (Versets 19-24)
La dernière strophe est remplie de violence et elle se divise en deux sections
1/Versets 19-22 : Malheur pour le méchant.
Après l’émerveillement de la présence de Dieu dans son histoire, le psalmiste se trouve confronté à la présence du méchant et il demande à Dieu sa mort au V19 « Ô Dieu, si seulement tu faisais mourir le méchant ! Hommes sanguinaires, écartez-vous de moi ! »
Le méchant est un homme qui trompe Dieu : V20 « Ils parlent de toi selon leur astuce, ils t’invoquent pour tromper, eux, tes adversaires ! »
Ce passage fait penser à cette phrase de l’Exode20,7 :
« Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur, ton Dieu, pour tromper : le seigneur ne tiendra pas pour innocent celui qui invoquera son nom pour le tromper »
Au verset 21 et 22 l’orant ressent une haine implacable pour les ennemis de Dieu. La répétition à quatre reprises des mots « détester », « dégoût pour l’ennemi » montre l’intensité de cette haine :
V21 « Seigneur, comment ne détesterais-je pas ceux qui te détestent, comment n’aurais-je pas du dégoût pour ceux qui se dressent contre toi ? »
V22 « Je les déteste totalement ; ils sont pour moi des ennemis. »
Après s’être laissé habiter par la présence du Seigneur, le psalmiste découvre cette haine au fond de lui, ce qui le rend plus modeste et suppliant.
2/Versets 23-24 le bonheur pour l’orant.
Après la découverte de ses ténèbres le psalmiste demande à Dieu avec insistance au verset V23
« Examine-moi à fond, ô Dieu, et connais mon cœur ! Sonde-moi, et connais mes préoccupations ! »
Et au verset V24, il le prie de le conduire et de le guider sur le bon chemin
« Regarde si je suis sur une voie mauvaise, et conduis-moi sur la voie de toujours ! »
Ces derniers versets exprimés avec des mots simples sont d’une beauté et d’une justesse qui me touchent. Dans l’ensemble de ce psaume prodigieux, j’aime cette découverte progressive que tout homme fait dans sa vie. Tout d’abord, les merveilles de la création et de l’homme et ensuite, sur le chemin spirituel, les zones de ténèbres qui font parfois peur. Dieu s’intéresse à chacun d’entre nous, veille sur nous, et il connaît chacune de nos pensées. S’il connaît nos pensées, Lui, a les siennes ; et elles nous sont précieuses !
Je terminerai sur cette question : sommes-nous vraiment imprégnés dans le fond de notre cœur de ces grandes vérités ? Et un souhait : Laissons-nous conduire et instruire par l’expérience de ce psalmiste anonyme pour guérir nos blessures et mettre notre vie dans les mains de Dieu et utilisons le psaume 139 comme un puissant remède de guérison intérieure : psalmo-thérapie.
Références bibliographiques :
Robert Michaud, Les psaumes, éditions Paulines.
Alphonse Maillot et André Lelièvre, Les psaumes, Genève, Labor et Fides.
Antoine Nouis, La Bible commentaire intégral verset par verset : 3 les livres poétiques, Olivétan/Salvator.
Conférence du pasteur Christian Barbéry
Vendredi 12 avril,16h30-17h30
Psalmothérapie
y

Le psaume 51 est attribué au roi David. C’est un psaume de pénitence et il est rattaché au péché de David selon ce qu’en dit 2 Samuel au chapitre 12, à savoir lorsque David fait tuer Urie pour prendre Bethsabée.
Certains exégètes indiquent que ce psaume est le fruit d’une tradition orale qui n’a cessé au fil du temps de l’enrichir jusqu’à sa rédaction finale, sans doute au moment de l’Exil, ce qui se confirme par la présence des versets 20 et 21 :
« Fais du bien à Sion, rebâtis les murs Jérusalem. Alors tu aimeras les sacrifices prescrits, offrande totale ; alors on offrira des taureaux sur ton autel ».
Si je mentionne ces détails exégétiques, c’est non seulement pour souligner la cohérence du psaume, mais pour entrer dans le sujet par l’’angle d’attaque que je voudrais développer maintenant, à savoir : comment une prière personnelle peut-elle devenir une prière collective ? Et à l’inverse : comment une prière universelle peut-elle devenir une prière personnelle ?
Cette question me semble importante car elle souligne une communion humaine devant Dieu, communion par delà le temps et l’espace, transcendant les particularités et différences de chacun. Et cette communion fait que l’on peut investir des mots anciens et des phrases qui ne sont pas les nôtres. C’est ce qui se passe dans le culte dominical mais aussi chaque fois que l’on découvre avec joie un poème ou un texte qui nous parle au plus profond de nous-mêmes.
C’est ce qu’avait très bien dit Saint Athanase d’Alexandrie, Père de l’Église du 4ème siècle, à propos des psaumes :
« Les psaumes, chose étrange, sont au lecteur comme un discours personnel, chacun les chante comme écrits pour lui et ne les prend ou ne les parcourt pas comme dits par un autre ou écrits sur un autre. (…) Il n’éprouve pas de crainte devant ces paroles, mais plutôt, les considérant comme personnelles et écrites sur lui, il prend courage pour les dire ou les chanter »
(Lettre à Marcellin de notre Père Saint Athanase, archevêque d’Alexandrie, sur l’interprétation des Psaumes. Partie XII,1, les psaumes, miroir de l’âme.)
Et encore :
« Les paroles des psaumes me paraissent être pour le lecteur comme un miroir pour qu’il s’y considère avec les mouvements de son âme et les récite sous cette impression. Même l’auditeur reçoit ce chant comme fait pour lui ; ou bien, convaincu par sa conscience et confondu, il se repentira, ou bien entendant parler d’espoir en Dieu et du relèvement accordé à ceux qui croient, il se réjouit de ce que cette grâce lui est accordée et commence à remercier Dieu. Qu’on ait gardé ou transgressé les commandements, les Psaumes s’appliquent aux deux états. Alors les psaumes nous apprennent simultanément à prier pour obtenir la grâce d’accomplir la Loi divine et ainsi à l’observer ».
(Lettre à Marcellin, XII,1.)
C’est une citation un peu longue mais elle a le mérite de montrer deux dimensions des psaumes : la dimension spirituelle, voilà pourquoi je n’hésite pas à parler de «psalmothérapie » dans le sens où l’enjeu du psaume est une guérison de l’esprit, mais aussi du corps et de la psyché.
Et dimension éthique aussi, en ce sens que la prière exprime une adhésion à la volonté de Dieu et une décision de tout mettre en œuvre pour lui obéir.
Je voudrais maintenant passer si je puis dire aux travaux pratiques, à savoir : comment recevoir le psaume 51 ? Comment le recevoir aujourd’hui et faire nôtre ce psaume ? Quel effet miroir a t-il sur nous ? En quel sens est-il chemin de guérison ? Psalmothérapie ?
Ce qui me frappe dans ce psaume c’est le vocabulaire lié au péché. Normal, c’est un psaume de pénitence.
Mais il y a comme un retour obsessionnel du vocabulaire lié au péché.
« Je reconnais tout le mal que j’ai fait.
« La faute est devant moi… »
C’est aussi un appel au secours :
« Viens à mon aide, Sauve-moi. Rends moi pur… »
Le péché, le tort, la faute, le mal, tous ces mots signalent d’un côté une reconnaissance du mal commis et de l’autre une impossibilité douloureuse de s’en débarrasser par ses propres forces :
« J’ai sans cesse mon péché devant moi ».
On est dans la douleur à tel point que ce péché, cette faute, sont présents dès la naissance, dès la conception, ce que l’on peut lire comme une référence à la doctrine du péché originel, chère à St Augustin.
Comment actualiser cette conception du péché originel ? Peut-être en insistant sur l’expérience qu’exprime le psaume ? Car il s’agit d’expérience. Cette question est intéressante car elle convoque la vision que nous nous faisons du péché aujourd’hui et qui a considérablement évolué au cours des siècles, ne serait-ce que par l’apport au 20ème siècle de la psychanalyse, de l’anthropologie et de la théologie qui insistent plus sur l’être pécheur que sur le péché.
Mais avant de répondre à cette interrogation, remarquons que dans ce psaume, ce qui est demandé de la part du psalmiste, c’est un pardon s’exprimant essentiellement en terme de purification :
« Lave-moi à grande eau, purifie-moi, lave-moi et je serai plus blanc que neige. »
D’un côté un univers d’angoisse et de ténèbres, de l’autre une Espérance de pureté et de lumière.
Il n’est pas simple aujourd’hui de parler de pureté et de purification car ce vocabulaire n’a pas bonne presse, et pour cause, il a servi dans l’histoire à justifier beaucoup d’exactions commises quelquefois au nom de Dieu, au nom d’une race ou d’une idéologie. Et dans les psaumes eux-mêmes, on ne peut compter les appels à la destruction et à l’écrasement de l’ennemi, de l’impie, de celui qui représente la souillure.
Alors comment lire ? À quel niveau recevoir cette conscience douloureuse du péché et cet appel à la purification ? C’est Ici que Saint Athanase me semble d’une grande modernité. Les paroles du psaume 51 et en particulier quand elles abordent le péché, nous renvoient à ce que nous avons de plus profond et de plus obscur en nous-mêmes, à savoir notre indignité fondamentale devant Dieu. Et cette indignité se joue ici à 3 niveaux :
– le niveau de la faute éthique, qui est sans doute le niveau le plus repérable : nous commettons, nous avons commis des fautes, de même que David a commis une lourde faute. Et ces fautes, nous pouvons et devons les reconnaître. Nous ne pouvons pas toujours réparer le mal commis mais nous pouvons identifier ces fautes, les avouer et demander pardon.
Le second niveau est plus profond puisqu’il s’agit de cette prise de conscience de notre capacité à faire le bien que nous voudrions faire et à ne pas faire le mal que nous ne voudrions pas faire. C’est la formule de l’apôtre Paul.
C’est donc la prise de conscience de cet être pécheur devant Dieu, prise de conscience qui donne le ton de la prière et de l’appel au secours:
« Aie pitié de moi, mon Dieu selon ta fidélité ».
Mais il y a un troisième et dernier niveau de lecture du psaume 51 qui renvoie à un sens encore plus profond et qui est celui sur lequel se vit et se traduit cet être pécheur.
Avant d’en arriver à la confiance devant Dieu, à l’appel au secours, le péché se vit sur le mode de la culpabilité et de la souillure, souillure d’ailleurs congénitale :
« Dans la faute, j’ai été enfanté, dans le mal conçu des ardeurs de ma mère. »
Je ne suis pas certain qu’il faille lire là un acte d’accusation, mais plutôt la prise de conscience douloureuse du néant de l’être humain car il me semble que si nous nous laissons atteindre par ce sentiment de néant, c’est là, en ce point précis que Dieu vient nous chercher pour nous faire remonter des ténèbres de l’angoisse à la lumière de l’espérance. Car c’est Dieu lui-même qui descend dans ces ténèbres intimes de l’être humain pour lui enseigner le chemin du retour. Le Christ n’est il pas « descendu aux enfers » comme le dit le Credo… pour nous en faire sortir…
C’est une expérience universelle : qui n’a pas connu dans sa vie de ces moments où, en dépit de la foi, il se sentait écrasé à jamais par une irrémédiable faute qui engendre un sentiment de culpabilité ? Un passé trop lourd à porter, une faute personnelle ou ancestrale dont le souvenir reste douloureux ou encore une consigne si tragique de sa propre condition humaine qu’aucune Parole de pardon ne peut, sur le moment, apporter la paix ?
C’est là qu’un psaume comme le psaume 51 vient nous rejoindre et qu’il peut devenir le nôtre, dans la mesure où il part de la plus noire désespérance de l’être humain, désespérance qui peut prendre une forme pathologique avec cette obsession de la souillure.
Il me semble intéressant de constater que les Pères de l’Eglises avait déjà découvert dans leur lecture des psaumes un chemin de guérison possible – Athanase, un psy avant l’heure?
Et puis, de toutes façons, ce chemin de guérison s’adresse à nous tous, en ce que nous avons de ténébreux, et en ce que nous sommes, que nous le voulions ou non, que nous en ayons conscience ou non, des êtres d’angoisse.
Et si ce psaume commence par un cri exprimant cette angoisse, par un aveu, par un appel à l’aide, ce qu’il exprime est bien ceci : voici l’humain que je suis, voici le Dieu que tu es. Toute mon espérance tient en ce que Tu es et non pas en ce que je suis. « Coram Deo » aurait dit Luther.
Extraordinaire espérance d’un pécheur, extraordinaire espérance d’un peuple en Exil, relativisant les sacrifices cultuels parce que découvrant, à la suite dOsée, que ce ne sont pas les sacrifices que Dieu demande, mais une véritable conversion du coeur.
Extraordinaire espérance enfin des chrétiens qui ont prié, chanté ce psaume, le lisant à la Lumière du pardon total réalisé en Jésus -Christ.

Fruits de l’atelier d’écriture: « Exprimer la foi »
Vendredi 12 avril 2024, 10h-12h
Il a été proposé aux participants de réécrire le Psaume 3, en fonction des expériences de vie de chacun.
Ci-dessous: le texte de ce psaume et la version personnelle de Gérard Scripiec, présent à l’atelier.
Psaume 3
1Psaume de David. Quand il fuyait devant son fils Absalom.
2SEIGNEUR, que mes adversaires sont nombreux : nombreux à se lever contre moi,
3nombreux à dire sur moi : « Pas de salut pour lui auprès de Dieu ! » Pause.
4Mais toi, SEIGNEUR, tu es un bouclier pour moi ; tu es ma gloire, celui qui relève ma tête.
5A pleine voix, j’appelle le SEIGNEUR : il m’a répondu de sa montagne sainte. Pause.
6Je me suis couché et j’ai dormi ; je me suis réveillé : le SEIGNEUR est mon appui.
7Je ne crains pas ces gens si nombreuxpostés autour de moi.
8Lève-toi, SEIGNEUR ! Sauve-moi, mon Dieu ! toi qui frappes tous mes ennemis à la mâchoire et casses les dents des méchants.
9Auprès du SEIGNEUR est le salut, sur ton peuple, la bénédiction ! Pause.
TOB (2010)
Tant de paroles dans la bouche ouverte du monde
Toi tu es dans le silence sans rien dire comme une pause
Et moi je dis, comme eux, le cri d’une victoire.
Je force ta pause insoutenable
Ton silence insoutenable
Alors je me sens guerrier soudain
J’arrive à les faire taire tous
Cassant leurs dents
Brisant leurs crânes
Mais toi pour tous tu es un fragile salut
Et toi pour tous tu risques une bénédiction
Sans bouclier sans gloire
Et toi dans la pause de ta souffrance
Tu dis l’humble parole de ton amour
Tu risques les mots friables d’une bénédiction
Sans bouclier, sans gloire
Juste dans la pause d’un silence de tendresse
Dans la pause d’une larme
Sur nos cris de violence
Gérard Scripiec

Réécriture du psaume par Yves Ughes

Même exercice pour le passage concernant la rencontre de Jésus et de la Samaritaine, dans l’Évangile de Jean, 4, 3 et suivants:
3 Jésus quitta la Judée et regagna la Galilée.
4 Or il lui fallait traverser la Samarie.
5 C’est ainsi qu’il parvint dans une ville de Samarie appelée Sychar, non loin de la terre donnée par Jacob à son fils Joseph,
6 là même où se trouve le puits de Jacob. Fatigué du chemin, Jésus était assis tout simplement au bord du puits. C’était environ la sixième heure.
7 Arrive une femme de Samarie pour puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
8 Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger.
9 Mais cette femme, cette Samaritaine, lui dit : « Comment ? Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une femme, une Samaritaine ? » Les Juifs, en effet, ne veulent rien avoir de commun avec les Samaritains.
10 Jésus lui répondit : « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau vive. »
11 La femme lui dit : « Seigneur, tu n’as pas même un seau et le puits est profond ; d’où la tiens-tu donc, cette eau vive ?
12 Serais-tu plus grand, toi, que notre père Jacob qui nous a donné le puits et qui, lui-même, y a bu ainsi que ses fils et ses bêtes ? »
13 Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau-ci aura encore soif ;
14 mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; au contraire, l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissant en vie éternelle. »
15 La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi cette eau pour que je n’aie plus soif et que je n’aie plus à venir puiser ici. » (TOB)
Réécriture
J’ai laissé ma vie vide sur la margelle des puits d’habitude
J’ai laissé le plein midi où je me cache loin des autres au village alors silencieux
Et j’ai reçu ton regard sans jugement
Et l’eau fraîche de ta parole
Et je sais que je ne reviendrai plus
Puisqu’à jamais une lumière une chanson m’ont abreuvé
Gérard Scripiec

Brouillon poétique

Poème de Marie-Christine Gay
Dans la grotte noircie par la lumière
mon chemin se voile
j’imagine une brèche de silence
au milieu de ton jardin fleuri
*
J’ai vu mon cher enfant disparu
incrusté au plafond d’une église romane
*
Son visage de pierre me sourit
sur le masque figé
ses yeux ensommeillés
s’imprègnent sur ma rétine
*
Dans mes jours incertains
elle me protège des lames du destin
malgré les lourds nuages porteurs de pluie
*
Aujourd’hui
l’allégresse s’est enfoncée en moi
voie lactée d’un nouvel univers
source intarissable de renaissance.
Exposition Jean-Pierre Blanche, Poésie & lumière
Musée Regards de Provence
1er décembre 2023- 21 avril 2024
EXPOSITION JEAN-PIERRE BLANCHE

Poésie & lumière
Musée Regards de Provence
1er décembre 2023- 21 avril 2024
Pour Marie-Paul
Nous quittons la vaste esplanade blanche éblouissante de soleil, au bord de la mer couleur des yeux pers de la déesse Athéna, devant le Mucem, pour, traversant la rue et descendant un escalier, entrer dans le musée Regards de Provence, installé dans l’ancienne Station Sanitaire Maritime dont le projet architectural fut conçu par Fernand Pouillon.
Sitôt la porte d’entrée poussée, c’est l’éblouissement des bleus de la mer et des ciels peints par Jean-Pierre Blanche. Nous pourrions croire avoir été initiés à sa peinture par les formes pures de l’esplanade longeant l’entrée du port de Marseille. Bien plus encore, nous sommes invités sans transition à franchir le pas entre la réalité et l’art et ainsi à vivre l’expérience d’être plongé dans la réalité recréée du tableau : un monde intense et apaisé où le cadre, à hauteur de regard, révèle le chant des lignes et de la couleur, de la lumière et de ses ombres – et nous sommes encore au bord de la mer Méditerranée, à Marseille, ou Palavas, mais alors dans la douceur, l’élégance et le mystère de son essence. Nous sommes dans l’univers d’un peintre discret et fécond, dont toute la vie fut une quête persévérante et passionnée de la représentation de ses alentours.

Il aura fallu toute la variation des formats, des supports – toile, panneau, carton, papiers – sur lesquels le pastel à l’huile ou le pastel sec ont là travaillé à l’infini les nuances, jusqu’à ce que la matière bleue ou blanche ou dorée – avec deux touches vertes qui font une barque ou une flaque rose devenue ombre fantasmatique – apparaisse comme tissée d’air, vibrant de chaleur et de lumière. Nous plaçant dans la matière du monde. Nous faisant entrer dans la vision poétique de ce bord de mer géométrique que dessine la ville et que l’on est invité à regarder depuis un mur blanc aux lignes pures, de balustrades fines ouvrant sur le mouvement de la mer, de rampes d’escalier désignant mystérieusement l’ailleurs, d’un premier plan de rocher blanc où la pierre noire a creusé des ombres : ville et mer, terre et ciel dans le rythme subtil des touches de couleur où danse la lumière.
Nous voilà entrés dans le silence des choses où résonne la conversation menée durant tant d’années par le peintre au grand âge qui nous a quittés il y a peu. Et voilà que la douleur nous quitte. Entrer dans les œuvres qui nous regardent et nous invitent à la beauté est une grâce renouvelée de salle en salle. Dont nous approchons avec gratitude. Car ce que le peintre nous donne, encore et encore, c’est la trace de son âme.
En sortant de l’ample salle qui nous a accueillis en nous attirant dans l’univers de la mer Méditerranée – selon le génie du lieu d’exposition – nous quittons ces premières émotions, ces premiers ravissements, pour découvrir l’exposé d’une vie, d’une trajectoire et, guidés par le commentaire de Michel Hilaire, le conservateur du Musée Fabre de Montpellier qui fut si important dans la construction de l’artiste, nous repartons au début d’un parcours. Avec des dates, des noms, quelques anecdotes nécessaires pour comprendre l’itinéraire d’un artiste attiré tout jeune par le dessin et la peinture.
En témoigne une petite peinture datée de 1941, le peintre a 14 ans, une Etude de chaise avec un chat, dont on se demande, rétrospectivement, si ce n’est pas l’ébauche un peu maladroite d’un autoportrait ! La lumière du foyer de la cheminée devant laquelle le chat s’enroule sur la chaise, tout en nous regardant de ses yeux noirs, a sauté sur le pelage brun et sur les murs en harmonie un peu sombre.
Ce goût des formes et des couleurs vibrant dans la lumière va se chercher, s’affiner, s’inventer, au contact des œuvres de Delacroix, Bazille, Berthe Morisot, Bonnard et les peintres de la seconde école de Paris, Bazaine, Manessier, Singier, Le Moal qui se réclament de lui, des professeurs de l’école des Beaux-Arts de Montpellier puis de Paris, avec Bernard Buffet et Walter Spitzer comme condisciples, l’ami Bioulès, plus jeune, qu’il a initié au dessin, demeurant tout du long un compagnon en peinture.
C’est le prix Abd-el-Tif qui en 1955 lui ouvre un séjour de deux années dans la lumière algéroise, à la quête de ce qui l’appelle : le dessin s’aventure à des personnages emblématiques bien sûr, racontant l’Algérie, la gardienne de la villa aux sourcils inquiétants, un jeune Kabyle, des arabes, un pêcheur, un notable de Tipasa. Mais déjà la préférence choisit des lieux : la silhouette d’Alger, la casbah, une rue, un restaurant, une mosquée, et des choses alentour – les oursins et coquillages des filets du bord de mer, le Sahel et ses infimes trésors d’herbe, et les arbres des forêts où le jeune peintre demande naïvement à être conduit par les fellaghas qui protègent celui qu’il prennent pour un fou mystique, un majnoun. La touche, vivement colorée, évoque Bonnard, tandis que la puissance assurée du trait fait naître des portraits d’une finesse lumineuse, dont l’autoportrait côtoyant le portrait de Claire, sa femme. Ou les portraits des enfants de la famille Bioulès et ceux des enfants de la famille Huyghe.
Et soudain, au tournant de la troisième salle, sur le mur de droite, face aux derniers tableaux de la période algéroise, sept tableaux, dont on perçoit d’emblée l’unité profonde d’un style qui a surgi. Encre et lavis, fusain, fusain et pastel mêlés. Nous comprenons alors que nous avons appris de tableau en tableau à déchiffrer une musique qui jouait ses gammes, qui recherchait ici et là, assimilait les leçons des peintres dans les musées et les ateliers et de la magique lumière sur le motif.
Le peintre est arrivé en son lieu idéal personnel, – non seulement celui du Mas Basile habité un temps près de Montpellier, entouré de garrigue, mais plus définitivement la demeure du Pont-Rout, dans les alentours d’Aix, à la lisière de la ville et de la campagne. Un lieu idéal intérieur, un lieu d’air et de paysage, dont il va explorer attentivement ce qui converse avec lui. Il a trouvé la demeure qui ouvre sur le jardin, dans la lumière filtrant à travers les persiennes de l’atelier, les formes apaisées, la disparition des figures anecdotiques pour dire le monde.

La seule figure c’est désormais la maison, ce qui la constitue, ce qui l’habite et ce sur quoi elle ouvre, aux alentours ou un peu plus loin : ses formes – la bastide, l’orangerie – entraperçues à travers des voiles de feuillages, ou dans la transparence de l’hiver, ou au bout d’une allée, dans le croisement des chemins, ses fenêtres qui rythment la façade, dans le chant des saisons modulé en couleurs, de jour et de nuit en noir et blanc bien souvent aussi.



Tout autour c’est le champ et sa folle avoine, un univers de hautes herbes où le minuscule devient cosmique, dans l’harmonie privilégiée des gris et des ors. Une efflorescence de graminées haussant au-dessus de la terre leurs flammes graciles. Ou ce triptyque des Roseaux où nos regards se glissent dans les caches secrètes des pousses froissées.

Ce sont les arbres et leur ramure, le tilleul avec ses noirs travaillés en bleu et brun, et tout particulièrement, le grand cèdre trois fois centenaire qui a sollicité le peintre dès son arrivée. Cette rencontre a donné lieu à une foule de dessins puis la couleur est apparue dans les lumières de la journée, celle du soir esquissant comme un vitrail traversé de ciel et de branches. Le jaune d’un ensoleillement vif devenant peu à peu une couleur travaillée longuement avec un peu de bleu et de noir. Le tronc souvent, dans sa proximité tactile, ouvre une entrée privilégiée dans le monde du cèdre, le fragment saisi en minutie devenant l’image, flottant toujours entre abstraction et figuration, permettant d’approcher l’essence de l’arbre.






Au hasard des lieux habités, surgissent des arbres remarquables ou la mer, toujours renouvelée, que ce soit celle de la Crau ou des Salines, ou l’océan breton que le coucher de soleil métamorphose en une variation infinie sur la partition d’or du vivant.
L’olivier devient aussi un sujet de prédilection, cent-soixante fois représenté. Il est une masse qui vibre, non une boule raide comme de la terre. Les branches se font oiseaux en vertiges, saisies en noir et blanc pour laisser l’espace d’air blanc tournoyer plus légèrement.
Un vieux chêne millénaire rencontré au pied du Mont Ventoux offre sa brancherie d’hiver loin de la banalité des arbres en feuilles, comme une main ouverte dont les doigts tors dessinent l’espace et le temps, dans la vibration des lumières changeantes.



Un peu plus loin aussi, c’est, fugacement, la montagne Ste Victoire, toute personnelle. Elle n’est abordée que par le détail de la couronne de roche du plateau du Cengle, cette roche qui est celle, très blanche, du bord de mer, mémoire géologique du massif. Ou encore par le château de Vauvenargues – qui fut brièvement la demeure de Picasso – blotti dans l’ombre lumineuse des replis boisés du versant nord. Une projection du lieu idéal intérieur du peintre, semblable à ces touffes épaisses d’herbe sur la dune, le soir.

Il y eut aussi le temps de l’observation passionnée de la couleur de la nuit, de la plus légère à la plus épaisse. Rarement un bout de lune, c’est trop donner à l’anecdote. Entre buissons d’arbres assombris et ciels virant du rose à l’or, dans le long reflet couché de la lumière de l’atelier, parfois la lueur devient un songe surgi du fin silence. Il n’est alors que d’écouter la Présence.


La peinture de Jean-Pierre Blanche, tout entière conversation joyeuse, exigeante, parfois austère, en un mot, spirituelle, avec les éléments universels de notre monde, nous laisse apaisés, emplis de beauté et de gratitude au terme de notre contemplation de l’œuvre d’une vie de travail.
Pascale Cougard, mars 2024
Photographies: Pascale Cougard

La comédie théologique Allo Bybol a été accueillie à Calvisson un jour de kermesse paroissiale, le 17 mars 2024, dans l’espace du foyer communal.
Le stand des éditions Jas sauvages a installé sa flamme de culture protestante dès le matin parmi les tables de la kermesse. Nous avons rencontré là une catéchète en quête d’ouvrages pour nourrir sa formation des enfants de la paroisse, un ancien pasteur à la recherche de livres pour stimuler ses souvenirs de la langue grecque et susciter de nouvelles réflexions sur la Bible, une connaissance de Jean Alexandre avide de découvrir son dernier livre, Dieu et son aide, convaincue d’y discerner l’humour, l’intelligence et toutes les autres qualités qu’elle lui reconnaît…
L’après-midi, entre repas festif et tirage de la tombola, a eu lieu la représentation de la pièce, avec son caractère joyeux et sa réflexion sur l’écriture des cantiques et la découverte de la foi.
C’était la première fois qu’Annie Coudène et moi allions jouer Allo Bybol dans un vrai théâtre. C’est impressionnant, un théâtre! À tel point qu’un petit garçon voulait fuir la représentation, par crainte d’avoir peur… Heureusement, sa maman l’a amené vers moi pour que je le détrompe. Nous avons fait le tour des coulisses, pour lui montrer que, derrière les rideaux de scène, il n’y avait rien de menaçant, mais seulement des accessoires amusants qui promettaient une belle partie de rire. Le petit garçon, très timide mais convaincu, a alors acquiescé à l’idée de rester dans le public. Ouf!

Préparation du décor devant l’antre noir des coulisses
L’assistance était très nombreuse dans cette grande salle, pour assister à la performance d’Annie, l’enfant du pays. Le public ne s’est pas fait prier pour chanter le cantique Aube nouvelle sur tous les tons, et en définitive dans la version littéraire écrite par le personnage de Luthérine. Il s’est montré très coopératif, lors de la scène interactive de la parabase, où il s’agit de surveiller le standard de Allo Bybol tandis que Luthérine demande de l’aide pour soutenir par le chant et le recueillement la recherche spirituelle d’Angélique. Il a beaucoup ri de tous les effets comiques de la pièce et nous avons eu plaisir à animer cette après-midi avec ce texte posant la question des caractéristiques d’une véritable expression de la foi luthéro-réformée.

Le public, et au milieu, la flamme dorée des éditions Jas sauvages
Merci à toute l’équipe qui s’est impliquée dans l’organisation de la mise en scène, avec sono et vidéo-projecteur, ainsi que dans le reportage photographique.

Angélique s’apprête à découvrir l’héritage de sa tante: une Bible. Elle en sera assez dépitée!

Luthérine s’escrime à lui démontrer l’intérêt de lire la Bible


La parabase: Luthérine en quête de l’aide du public, très amusé

Le cantique de Luthérine, strophe 1
Petite galerie de photographies due à Denis Muller

Pour lire l’article paru sur le Forum Protestant,
Pascale Cougard nous a envoyé des textes écrits dans la pensée du « Printemps des poètes », sur la grâce

Le mot « grâce »
il est court et simple
et compliqué à expliquer
de grâce
– semble-t-il dire –
pas de phrases
parlons bref
un peu poème
tout le monde sait que je suis du bon côté des choses
que voulez-vous de plus
*
je suis l’inattendu qui vient toucher la porte
de qui va sortir au matin de son temps
Création
Le poème s’avance doucement
poussant la porte invisible
de l ‘être
les yeux bandés
les mots posent en tremblant
leurs doigts légers
tout autour de l’émotion
cette terre incolore
vivante
dont ils cherchent la forme
ils devinent un puits de fin silence
où glisser leur lumière
pour sculpter dans l’ombre
le beau vase où fleurira la grâce
Écoute
Ici dans ta cellule de silence
parloir où Dieu converse
une lueur palpite
au rebord
de la haute fenêtre
des Ecritures
l’espace blanc des pages
dévoilé avec lenteur
ouvre un chant pur
viens Seigneur
prends ta place
elle t’attend
Comme l’oiseau reçoit l’espace
dans le grain
donne-moi ta Parole
Voir l’article paru à ce sujet sur le Forum protestant, en cliquant sur l’image ci-dessous