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– Échos d’un festival heureux de poésie de la foi. 2. Psalmothérapie, par Christian Barbery

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Le psaume 51 est attribué au roi David. C’est un psaume de pénitence et il est rattaché au péché de David selon ce qu’en dit 2 Samuel au chapitre 12, à savoir lorsque David fait tuer Urie pour prendre Bethsabée.

Certains exégètes indiquent que ce psaume est le fruit d’une tradition orale qui n’a cessé au fil du temps de l’enrichir jusqu’à sa rédaction finale, sans doute au moment de l’Exil, ce qui se confirme par la présence des versets 20 et 21 :

Si je mentionne ces détails exégétiques, c’est non seulement pour souligner la cohérence du psaume, mais pour entrer dans le sujet par l’’angle d’attaque que je voudrais développer maintenant, à savoir : comment une prière personnelle peut-elle devenir une prière collective ? Et à l’inverse : comment une prière universelle peut-elle devenir une prière personnelle ? 

Cette question me semble importante car elle souligne une communion humaine devant Dieu, communion par delà le temps et l’espace, transcendant les particularités et différences de chacun. Et cette communion fait que l’on peut investir des mots anciens et des phrases qui ne sont pas les nôtres. C’est ce qui se passe dans le culte dominical mais aussi chaque fois que l’on découvre avec joie un poème ou un texte qui nous parle au plus profond de nous-mêmes.

C’est ce qu’avait très bien dit Saint Athanase d’Alexandrie, Père de l’Église du 4ème siècle, à propos des psaumes :

(Lettre à Marcellin de notre Père Saint Athanase, archevêque d’Alexandrie, sur l’interprétation des Psaumes. Partie XII,1, les psaumes, miroir de l’âme.)

Et encore :

(Lettre à Marcellin, XII,1.)

C’est une citation un peu longue mais elle a le mérite de montrer deux dimensions des psaumes : la dimension spirituelle, voilà pourquoi je n’hésite pas à parler de «psalmothérapie » dans le sens où l’enjeu du psaume est une guérison de l’esprit, mais aussi du corps et de la psyché. 

Et dimension éthique aussi, en ce sens que la prière exprime une adhésion à la volonté de Dieu et une décision de tout mettre en œuvre pour lui obéir. 

Je voudrais maintenant passer si je puis dire aux travaux pratiques, à savoir : comment recevoir le psaume 51 ? Comment le recevoir aujourd’hui et faire nôtre ce psaume ? Quel effet miroir a t-il sur nous ? En quel sens est-il chemin de guérison ? Psalmothérapie ?

Ce qui me frappe dans ce psaume c’est le vocabulaire lié au péché. Normal, c’est un psaume de pénitence.

Mais il y a comme un retour obsessionnel du vocabulaire lié au péché.

C’est aussi un appel au secours :

Le péché, le tort, la faute, le mal, tous ces mots signalent d’un côté une reconnaissance du mal commis et de l’autre une impossibilité douloureuse de s’en débarrasser par ses propres forces : 

On est dans la douleur à tel point que ce péché, cette faute, sont présents dès la naissance, dès la conception, ce que  l’on peut lire comme une référence à la doctrine du péché originel, chère à St Augustin.

Comment actualiser cette conception du péché originel ? Peut-être en insistant sur l’expérience qu’exprime le psaume ? Car il s’agit d’expérience. Cette question est intéressante car elle convoque la vision que nous nous faisons du péché aujourd’hui et qui a considérablement évolué au cours des siècles, ne serait-ce que par l’apport au 20ème siècle de la psychanalyse, de l’anthropologie et de la théologie qui insistent plus sur l’être pécheur que sur le péché.

Mais avant de répondre à cette interrogation, remarquons que dans ce psaume, ce qui est demandé de la part du psalmiste, c’est un pardon s’exprimant essentiellement en terme de purification :

D’un côté un univers d’angoisse et de ténèbres, de l’autre une Espérance de pureté et de lumière.

Il n’est pas simple aujourd’hui de parler de pureté et de purification car ce vocabulaire n’a pas bonne presse, et pour cause, il a servi dans l’histoire à justifier beaucoup d’exactions commises quelquefois au nom de Dieu, au nom d’une race ou d’une idéologie. Et dans les psaumes eux-mêmes, on ne peut compter les appels à la destruction et à l’écrasement de l’ennemi, de l’impie, de celui qui représente la souillure. 

Alors comment lire ? À quel niveau recevoir cette conscience douloureuse du péché et cet appel à la purification ? C’est Ici que Saint Athanase me semble d’une grande modernité. Les paroles du psaume 51 et en particulier quand elles abordent le péché, nous renvoient à ce que nous avons de plus profond et de plus obscur en nous-mêmes, à savoir notre indignité fondamentale devant Dieu. Et cette indignité se joue ici à 3 niveaux :

– le niveau de la faute éthique, qui est sans doute le niveau le plus repérable : nous commettons, nous avons commis des fautes, de même que David a commis une lourde faute. Et ces fautes, nous pouvons et devons les reconnaître. Nous ne pouvons pas toujours réparer le mal commis mais nous pouvons identifier ces fautes, les avouer et demander pardon.

Le second niveau est plus profond puisqu’il s’agit de cette prise de conscience de notre capacité à faire le bien que nous voudrions faire et à ne pas faire le mal que nous ne voudrions pas faire. C’est la formule de l’apôtre Paul.

C’est donc la prise de conscience de cet être pécheur devant Dieu, prise de conscience qui donne le ton de la prière et de l’appel au secours: 

Mais il y a un troisième et dernier niveau de lecture du psaume 51 qui renvoie à un sens encore plus profond et qui est celui sur lequel se vit et se traduit cet être pécheur.

Avant d’en arriver à la confiance devant Dieu, à l’appel au secours, le péché se vit sur le mode de la culpabilité et de la souillure, souillure d’ailleurs congénitale :

Je ne suis pas certain qu’il faille lire là un acte d’accusation, mais plutôt la prise de conscience douloureuse du néant de l’être humain car il me semble que si nous nous laissons atteindre par ce sentiment de néant, c’est là, en ce point  précis que Dieu vient nous chercher pour nous faire remonter des ténèbres de l’angoisse à la lumière de l’espérance. Car c’est Dieu lui-même qui descend dans ces ténèbres intimes de l’être humain pour lui enseigner le chemin du retour. Le Christ n’est il pas « descendu aux enfers » comme le dit le Credo… pour nous en faire sortir…

C’est une expérience universelle : qui n’a pas connu dans sa vie de ces moments où, en dépit de la foi, il se sentait écrasé à jamais par une irrémédiable faute qui engendre un sentiment de culpabilité ? Un passé trop lourd à porter, une faute personnelle ou ancestrale  dont le souvenir reste douloureux ou encore une consigne si tragique de sa propre condition humaine qu’aucune Parole de pardon ne peut, sur le moment, apporter la paix ?

C’est là qu’un psaume comme le psaume 51 vient nous rejoindre et qu’il peut devenir le nôtre, dans la mesure où il part de la plus noire désespérance de l’être humain, désespérance qui peut prendre une forme pathologique avec cette obsession de la souillure.

Il me semble intéressant de constater que les Pères de l’Eglises avait déjà découvert dans leur lecture des psaumes un chemin de guérison possible – Athanase, un psy avant l’heure? 

Et puis, de toutes façons, ce chemin de guérison s’adresse à nous tous, en ce que nous avons de ténébreux, et en ce que nous sommes, que nous le voulions ou non, que nous en ayons conscience ou non, des êtres d’angoisse. 

Et si ce psaume commence par un cri exprimant cette angoisse, par un aveu, par un appel à l’aide, ce qu’il exprime est bien ceci : voici l’humain que je suis, voici le Dieu que tu es. Toute mon espérance tient en ce que Tu es et non pas en ce que je suis. « Coram Deo » aurait dit Luther.

Extraordinaire espérance d’un pécheur, extraordinaire espérance d’un peuple en Exil, relativisant les sacrifices cultuels parce que découvrant, à la suite dOsée, que ce ne sont pas les sacrifices que Dieu demande, mais une véritable conversion du coeur.

Extraordinaire espérance enfin des chrétiens qui ont prié, chanté ce psaume, le lisant à la Lumière du pardon total réalisé en Jésus -Christ.

– Échos d’un festival heureux de poésie de la foi. 1. Fruits d’un atelier d’écriture: poèmes de Gérard Scripiec.

– Jean-Pierre Blanche, peintre de la poésie des alentours, par Pascale Cougard

EXPOSITION JEAN-PIERRE BLANCHE

Poésie & lumière

Musée Regards de Provence

1er décembre 2023- 21 avril 2024

Nous quittons la vaste esplanade blanche éblouissante de soleil, au bord de la mer couleur des yeux pers de la déesse Athéna, devant le Mucem, pour,  traversant la rue et descendant un escalier, entrer dans le musée Regards de Provence, installé dans l’ancienne Station Sanitaire Maritime dont le projet architectural fut conçu par Fernand Pouillon.

Sitôt la porte d’entrée poussée, c’est l’éblouissement des bleus de la mer et des ciels peints par Jean-Pierre Blanche.  Nous pourrions croire avoir été  initiés à sa peinture par les formes pures de l’esplanade longeant l’entrée du port de Marseille. Bien plus encore, nous sommes invités sans transition à franchir le pas entre la réalité et l’art et ainsi à vivre l’expérience d’être plongé dans la réalité recréée du tableau : un monde intense et apaisé où le cadre, à hauteur de regard, révèle le chant des lignes et de la couleur, de la lumière et de ses ombres – et nous sommes encore au bord de la mer Méditerranée, à Marseille, ou Palavas, mais alors dans la douceur, l’élégance et le mystère de son essence. Nous sommes dans l’univers d’un peintre discret et fécond, dont toute la vie fut une quête  persévérante et passionnée de la représentation de ses alentours.

Il aura fallu toute la variation des formats, des supports – toile, panneau, carton, papiers –  sur lesquels le pastel à l’huile ou le pastel sec ont là travaillé à l’infini les nuances, jusqu’à ce que la matière bleue ou blanche ou dorée – avec deux touches vertes qui font une barque ou une flaque rose devenue ombre fantasmatique – apparaisse comme tissée d’air, vibrant de chaleur et de lumière. Nous plaçant dans la matière du monde. Nous faisant entrer dans la vision poétique de ce bord de mer géométrique que dessine la ville et que l’on est invité à regarder depuis un mur blanc aux lignes pures,  de balustrades fines ouvrant sur le mouvement de la mer, de rampes d’escalier désignant mystérieusement l’ailleurs, d’un premier plan de rocher blanc où la pierre noire a creusé des ombres : ville et mer, terre et ciel dans le rythme subtil des touches de couleur  où danse la lumière. 

Nous voilà entrés dans le silence des choses où résonne la conversation menée durant tant d’années par le peintre au grand âge qui nous a quittés il y a peu. Et voilà que la douleur nous quitte. Entrer dans les œuvres qui nous regardent et nous invitent à la beauté est une grâce renouvelée de salle en salle. Dont nous approchons avec gratitude. Car ce que le peintre nous donne, encore et encore, c’est la trace de son âme.

En sortant de l’ample salle  qui nous a accueillis en nous attirant dans l’univers de la mer Méditerranée – selon le génie du lieu d’exposition – nous quittons ces premières émotions, ces premiers ravissements, pour découvrir l’exposé d’une vie, d’une trajectoire et, guidés par le commentaire de Michel Hilaire, le conservateur du Musée Fabre de Montpellier qui fut si important dans la construction de l’artiste, nous repartons au début d’un parcours. Avec des dates, des noms, quelques anecdotes nécessaires pour comprendre l’itinéraire d’un artiste attiré tout jeune par le dessin et la peinture.

En témoigne une petite peinture datée de 1941, le peintre a 14 ans, une Etude de chaise avec un chat, dont on se demande, rétrospectivement, si ce n’est pas l’ébauche un peu maladroite d’un autoportrait ! La lumière du foyer de la cheminée devant laquelle le chat s’enroule sur la chaise, tout en nous regardant de ses yeux noirs, a sauté sur le pelage brun et sur les murs en harmonie un peu sombre. 

Ce goût des formes et des couleurs vibrant dans la lumière va se chercher, s’affiner, s’inventer, au contact des œuvres de Delacroix, Bazille, Berthe Morisot, Bonnard et les peintres de la seconde école de Paris, Bazaine, Manessier, Singier, Le Moal qui se réclament de lui, des professeurs de l’école des Beaux-Arts de Montpellier puis de Paris, avec Bernard Buffet et Walter Spitzer comme condisciples, l’ami Bioulès, plus jeune,  qu’il a initié au dessin, demeurant tout du long un compagnon en peinture.

C’est le prix Abd-el-Tif qui en 1955 lui ouvre un séjour de deux années  dans la lumière algéroise, à la quête de ce qui l’appelle : le dessin s’aventure à des personnages emblématiques bien sûr, racontant l’Algérie, la gardienne de la villa aux sourcils inquiétants, un jeune Kabyle, des  arabes, un pêcheur, un notable de Tipasa. Mais déjà  la préférence choisit des lieux : la silhouette d’Alger, la casbah, une rue, un restaurant, une mosquée, et  des choses alentour – les oursins et coquillages des filets du bord de mer, le Sahel et ses infimes trésors d’herbe, et les arbres des forêts où le jeune peintre demande naïvement à être conduit par les fellaghas qui protègent celui qu’il prennent pour un fou mystique, un majnoun. La touche, vivement colorée, évoque Bonnard, tandis que la puissance assurée du trait fait naître des portraits d’une finesse lumineuse, dont l’autoportrait côtoyant le portrait de Claire, sa femme. Ou les portraits des enfants de la famille Bioulès  et ceux des enfants de la famille Huyghe.

Et soudain, au tournant de la troisième salle, sur le mur de droite, face aux derniers tableaux de la période algéroise, sept tableaux, dont on perçoit d’emblée l’unité profonde d’un style qui a surgi. Encre et lavis, fusain, fusain et pastel mêlés. Nous comprenons alors que nous avons appris de tableau en tableau à déchiffrer une musique qui jouait ses gammes, qui recherchait ici et là, assimilait les leçons des peintres dans les musées et les ateliers et de la magique lumière sur le motif.

Le peintre est arrivé en son lieu idéal personnel, – non seulement celui du Mas Basile habité un temps près de Montpellier, entouré de garrigue, mais plus définitivement la demeure du Pont-Rout, dans les alentours d’Aix, à la lisière de la ville et de la campagne. Un lieu idéal intérieur, un lieu d’air et de paysage, dont il va explorer attentivement ce qui converse avec lui. Il a trouvé la demeure qui ouvre sur le jardin, dans la lumière filtrant à travers les persiennes de l’atelier, les formes apaisées, la disparition des figures anecdotiques pour dire le monde.

La seule figure c’est désormais la maison, ce qui la constitue, ce qui l’habite et ce sur quoi elle ouvre, aux alentours ou un peu plus loin : ses formes – la bastide, l’orangerie – entraperçues à travers des voiles de feuillages, ou dans la transparence de l’hiver, ou au bout d’une allée, dans le croisement des chemins, ses fenêtres qui rythment  la façade, dans le chant des saisons modulé en couleurs, de jour et de nuit en noir et blanc bien souvent aussi.

Tout autour c’est le champ et sa folle avoine, un univers de hautes herbes où le minuscule devient cosmique, dans l’harmonie privilégiée des gris et des ors.  Une efflorescence de graminées haussant au-dessus de la terre leurs flammes graciles. Ou ce triptyque des Roseaux où nos regards se glissent dans les caches secrètes des pousses froissées.

Ce sont les arbres et leur ramure, le tilleul avec ses noirs travaillés en bleu et brun,  et tout particulièrement,  le grand cèdre trois fois centenaire qui a sollicité le peintre dès son arrivée. Cette rencontre a donné lieu à une foule de dessins puis la couleur est apparue dans les lumières de la journée, celle du soir esquissant comme un vitrail traversé de ciel et de branches. Le jaune d’un ensoleillement vif devenant peu à peu une couleur travaillée longuement avec un peu de bleu et de noir. Le tronc souvent, dans sa proximité tactile, ouvre une entrée privilégiée dans le monde du cèdre, le fragment saisi en minutie devenant l’image, flottant toujours entre abstraction et figuration, permettant d’approcher l’essence de l’arbre.

Au hasard des lieux habités, surgissent des arbres remarquables ou la mer, toujours renouvelée, que ce soit celle de la Crau ou des Salines, ou l’océan breton que le coucher de soleil métamorphose en une variation infinie sur la partition d’or du vivant. 

L’olivier devient aussi un sujet de prédilection, cent-soixante fois représenté.  Il est une masse qui vibre, non une boule raide comme de la terre. Les branches se font oiseaux en vertiges, saisies en noir et blanc pour laisser l’espace d’air blanc tournoyer plus légèrement.

Un vieux chêne millénaire rencontré au pied du Mont Ventoux offre sa brancherie d’hiver loin de la banalité des arbres en feuilles,  comme une main ouverte dont les doigts tors dessinent l’espace et le temps, dans la vibration des lumières changeantes.

Un peu plus loin aussi, c’est, fugacement, la montagne Ste Victoire, toute personnelle. Elle n’est abordée que par le détail de la couronne de roche du plateau du Cengle,  cette roche qui est celle, très blanche, du bord de mer, mémoire géologique du massif. Ou encore par le château de Vauvenargues – qui fut  brièvement la demeure de Picasso – blotti dans l’ombre lumineuse des replis boisés du versant nord. Une projection du lieu idéal intérieur du peintre, semblable à ces touffes épaisses d’herbe  sur la dune, le soir.

Il y eut aussi le temps de l’observation passionnée de la couleur de la nuit, de la plus légère à la plus épaisse. Rarement un bout de lune, c’est trop donner à l’anecdote. Entre buissons d’arbres assombris et ciels virant du rose à l’or, dans le long reflet couché de la lumière de l’atelier, parfois la lueur devient un songe surgi du fin silence.  Il n’est alors que d’écouter la Présence.

La peinture de Jean-Pierre Blanche, tout entière conversation joyeuse, exigeante, parfois austère, en un mot, spirituelle, avec les éléments universels de notre monde, nous laisse apaisés, emplis de beauté et de gratitude au terme de notre contemplation de l’œuvre d’une vie de travail.  

                                                                                              Pascale Cougard, mars 2024

Photographies: Pascale Cougard

– La représentation d’Allo Bybol à Calvisson, par Jacqueline Assaël

Le stand des éditions Jas sauvages a installé sa flamme de culture protestante dès le matin parmi les tables de la kermesse. Nous avons rencontré là une catéchète en quête d’ouvrages pour nourrir sa formation des enfants de la paroisse, un ancien pasteur à la recherche de livres pour stimuler ses souvenirs de la langue grecque et susciter de nouvelles réflexions sur la Bible, une connaissance de Jean Alexandre avide de découvrir son dernier livre, Dieu et son aide, convaincue d’y discerner l’humour, l’intelligence et toutes les autres qualités qu’elle lui reconnaît…

L’après-midi, entre repas festif et tirage de la tombola, a eu lieu la représentation de la pièce, avec son caractère joyeux et sa réflexion sur l’écriture des cantiques et la découverte de la foi.

C’était la première fois qu’Annie Coudène et moi allions jouer Allo Bybol dans un vrai théâtre. C’est impressionnant, un théâtre! À tel point qu’un petit garçon voulait fuir la représentation, par crainte d’avoir peur… Heureusement, sa maman l’a amené vers moi pour que je le détrompe. Nous avons fait le tour des coulisses, pour lui montrer que, derrière les rideaux de scène, il n’y avait rien de menaçant, mais seulement des accessoires amusants qui promettaient une belle partie de rire. Le petit garçon, très timide mais convaincu, a alors acquiescé à l’idée de rester dans le public. Ouf!

L’assistance était très nombreuse dans cette grande salle, pour assister à la performance d’Annie, l’enfant du pays. Le public ne s’est pas fait prier pour chanter le cantique Aube nouvelle sur tous les tons, et en définitive dans la version littéraire écrite par le personnage de Luthérine. Il s’est montré très coopératif, lors de la scène interactive de la parabase, où il s’agit de surveiller le standard de Allo Bybol tandis que Luthérine demande de l’aide pour soutenir par le chant et le recueillement la recherche spirituelle d’Angélique. Il a beaucoup ri de tous les effets comiques de la pièce et nous avons eu plaisir à animer cette après-midi avec ce texte posant la question des caractéristiques d’une véritable expression de la foi luthéro-réformée.

Merci à toute l’équipe qui s’est impliquée dans l’organisation de la mise en scène, avec sono et vidéo-projecteur, ainsi que dans le reportage photographique.

Petite galerie de photographies due à Denis Muller

– Poèmes, par Pascale Cougard

il est court et simple

et compliqué à expliquer

de grâce 

– semble-t-il dire  –

pas de phrases 

parlons bref

un peu poème

tout le monde sait que je suis du bon côté des choses

que voulez-vous de plus

*

je suis l’inattendu qui vient toucher la porte

de qui va sortir au matin de son temps

Le poème s’avance doucement

poussant la porte invisible

de l ‘être

les yeux bandés

les mots posent en tremblant

leurs doigts légers

tout autour de l’émotion

cette terre incolore

vivante

dont ils cherchent la forme

ils devinent un puits de fin silence

où glisser leur lumière

pour sculpter dans l’ombre

le beau vase où fleurira la grâce

Ici dans ta cellule de silence

parloir où Dieu converse

une lueur  palpite

au rebord

de la haute fenêtre

des Ecritures

l’espace blanc des pages

dévoilé avec lenteur

ouvre un chant pur

viens Seigneur

prends ta place

elle t’attend

Comme l’oiseau reçoit l’espace

dans le grain

donne-moi ta Parole

– La grâce du haïku, par Julien N. Petit

Me voilà oiseau-lecteur guidé par la voix brute et légère du Haïku qui me parvient comme un jet de caillou. Les Haïkus d’Etienne Pfender invitent à un vol au-dessus de la Bible, qui ne peut être qu’un vol au-dedans, à l’image de la caverne de chair qui sauve et enferme Jonas pendant 3 jours.
L’impair prime dans l’alliance de ces vers, suscitant par leurs mots pensées et émotions suspendues, saisies et aussitôt coupées dans leur élan, dans une retenue pleine de grâce. Sans oublier la surprise, caractéristique de l’écriture du Haïku, comme de la grâce :

« Hiver ou printemps


dans ses entrailles puantes


zut comment savoir » 

*


 « hissant une lame

au reflet du soleil d’été

près de là un bouc » 


Double surprise ici, dans toute la force poétique : celle du vers rejoignant la forme sombre de l’animal qui détourne nos yeux du couteau qu’Abraham tient au-dessus de son fils, et qui n’ira pas plus bas, car l’Eternel a pourvu.
On n’entre pas dans un Haïku, écrit Etienne Pfender, « en passant sous un arc de triomphe, mais en se laissant cueillir par la simplicité sincère de ce qui donne à lire »


« six soirs et matins


l’Eden comme un rocking-chair


au septième jour » 


Par gros temps de précarité, il existe mille raisons de se glisser dans la grâce du Haïku, comme de se tenir dans l’équilibre fragile du rocking-chair.

– Vivre un épisode biblique à travers un recueil de poésie comme Nouaison, par Jacqueline Assaël

par Jacqueline Assaël

La Bible rapporte des expériences de vie, dans la foi, d’êtres humains qui sont ses auteurs connus ou inconnus, Ésaïe, Luc, etc., ainsi que leur entourage. Ces expériences sont intemporelles, puisqu’elles sont de nature spirituelle et que l’Esprit n’est pas affecté par le temps. Les aventures de la foi vécues au cours de nos existence ont donc tout à voir avec tel ou tel épisode biblique qui s’en rapproche, sur le fond, même si les circonstances particulières sont différentes.

Il est difficile de communiquer sur son rapport vécu avec Dieu, c’est pourquoi la Bible ne peut pas être lue superficiellement, à la va-vite, mais demande à être méditée pour que les lecteurs entrent en communion avec les situations évoquées et comprennent ainsi les particularités du récit qui en est fait. La poésie se trouve dans le même cas : elle cherche à faire partager des émotions, des rapports humains, une vision du monde ; tout cela demeure très intuitif, un peu insaisissable, mais elle parvient à établir un pont, une passerelle d’humanité entre l’auteur et les lecteurs, si ces derniers acceptent d’être attentifs et s’ils disposent d’éléments qui éclairent leur compréhension.

C’est dans cette idée que le livre dont il est question dans cet article : Nouaison, recueil de poèmes suivi de Genèse et nouaison, à la manière de Søren Kierkegaard a été composé. La réflexion sur le passage biblique racontant la ligature d’Isaac, dans le livre de la Genèse, a pour vocation, en plus de son intérêt intrinsèque, de suggérer les grandes orientations spirituelles du recueil Nouaison. Voyons comment.

Søren Kierkegaard est un philosophe et théologien danois du xixe siècle, qui exprime un luthéranisme exigeant, sombre et tourmenté quand il observe l’humain, mais radieux et enchanté quand il découvre en permanence la présence de Dieu autour de lui, notamment dans la lumière des paysages de forêts et de lacs de son pays. Il est réputé pour avoir une écriture absconse, mais il faut distinguer entre ses traités philosophiques, souvent assez compliqués, et son Journal, qui est très prenant et très accessible. Il médite sur l’épisode de la ligature d’Isaac dans un livre intitulé Crainte et tremblement, reprenant ainsi une expression de Paul pour définir le respect humain, face à Dieu : « Avec crainte et tremblement, travaillez à votre propre salut » (Épître aux Philippiens, 2, 12). Pour lui, la rencontre avec Dieu est plus qu’impressionnante. En atteste l’histoire d’Abraham qui, à un moment de sa vie, comprend qu’il lui faut sacrifier son fils Isaac à Dieu.

Kierkegaard ne lit pas cet épisode biblique comme un discours simplement édifiant ou symbolique. Il cherche à imaginer l’état d’esprit d’un être humain placé dans la situation d’Abraham, pour qui obéir à Dieu implique l’anéantissement de soi-même, de toutes ses fiertés, de tous ses espoirs dans le monde humain. Il représente tout d’abord son personnage comme nécessairement enfermé dans un mutisme profond, car sa conception extrême d’une foi infinie ne saurait entrer en dialogue avec l’instinct maternel de Sarah, par exemple, ou avec l’instinct de vie d’Isaac. Pensant que personne autour de lui ne sera capable de le comprendre, Abraham, le père des croyants, l’ami de Dieu, renonce à parler à des humains auxquels il démontre, coûte que coûte, la profondeur d’une foi totale, folle, monstrueuse selon leurs critères.

Cet Abraham de Søren Kierkegaard pourrait donner un des modèles du personnage masculin mis en scène dans mon recueil précédent : Frère de silence. Là aussi un être se mure dans une solitude intérieure exaspérante, presque désespérante, car il lui est impossible de partager l’intensité des épreuves que la foi elle-même avive en lui.

Dans son livre, Kierkegaard imagine plusieurs versions du départ d’Abraham et d’Isaac et plusieurs scènes correspondant à l’instant du sacrifice :

Comment imaginez-vous vous-même que vous vivriez cette aventure spirituelle d’Abraham ? Kierkegaard se pose quant à lui la question car sa foi l’a placé en situation de croire devoir renoncer à l’être en qui il voyait le plein bonheur de sa vie, pour leur bonheur mutuel et l’accomplissement de leur relation avec Dieu.

Dans Genèse et nouaison, cette question est reprise, avec les données suivantes : Dieu n’agrée pas le sacrifice des enfants ; la situation évoquée par le sacrifice d’Isaac correspond au mouvement de son père de livrer son fils à Dieu, de le livrer à la foi. Kierkegaard omet une hypothèse, dans son catalogue de situations : Isaac est peut-être d’accord pour couper avec les sécurités humaines et pour plonger en Dieu, jusqu’à la mort :

Il faut s’engager loin dans les impressions de la foi pour se débattre avec ces idées d’abandon des liens humains, de risque absolu. Nouaison tente l’expérience, dans cette réflexion à la suite de Kierkegaard, et dans une version poétique de la situation, à suivre, dans le deuxième volet de l’article.

Revenons quelques instants à Kierkegaard. Dans Crainte et tremblement, il illustre à travers deux histoires ce que représente pour lui une situation de lien spirituel. Il le fait successivement en essayant d’imaginer les relations entre le patriarche et son fils, lors de l’épisode de la ligature d’Isaac. Abraham se tait, car tout est indicible, au-delà de la parole au moment où il s’apprête à sacrifier son fils. Mais ce geste l’engage dans la manifestation une foi absolue, impensable qu’il accomplit de telle sorte qu’Isaac lui-même, pensant mourir, est forcément impliqué dans le même mouvement d’abandon à Dieu. Abraham dénoue alors le lien paternel qui l’attache à son fils ; il le confie à Dieu. Il l’abandonne à sa foi propre, d’adulte. Mais simultanément, éclot ainsi, forcément, à travers cette expérience de salut, la foi d’Isaac, non plus en son père, mais en Dieu ; ainsi, puisqu’Abraham est le père de tous les croyants, se réalise pour la première fois la dispersion de la foi à travers toutes les générations à venir. Isaac est délié de l’autorité paternelle d’Abraham, d’évidence lié pour toujours à Dieu, mais encore indissolublement noué à son père par cet instant de partage où leur présence mutuelle était requise pour que la foi glisse vers ce nouveau segment que devient Isaac, sur la corde des générations.

Kierkegaard imagine ainsi le mode d’attachement de deux êtres entre lesquels la foi se diffuse, d’une génération à l’autre. Puis il change de cadre narratif et il se réfère à l’histoire d’Agnès et le triton, poème dramatique d’Andersen, pour transposer la scène d’illumination spirituelle dans le cadre d’une histoire qui se passe entre un être masculin, le triton, et ladite Agnès. Dans le récit de Kierkegaard, la jeune fille s’aventure au bord d’un lac. Le triton, qui a tous les savoirs, tombe amoureux d’elle, il la porte un peu au-delà des berges de l’étang et ils regardent l’horizon. Agnès vit là la commotion de la beauté du monde. Rendu muet par un intense déchirement intérieur, le triton abandonne alors Agnès, renonçant à solliciter d’elle une union qui serait une déchéance, après cette découverte de l’absolu. Une question existentielle torture alors Kierkegaard : Agnès et le triton peuvent-ils alors continuer à vivre dans une espèce de solidarité spirituelle, malgré le départ sans retour et sans explication de ce génie des eaux, à travers qui la présence de Dieu – rien de moins et rien d’autre –, s’est révélée à Agnès ?

Le recueil Nouaison met en quelque sorte en scène la suite de cette histoire racontée par Kierkegaard ; la poésie cherche à expérimenter les émotions qui peuvent suivre après la disparition du triton, quand s’élève tout de même son éternelle prière implicite de communion avec celle à qui il a communiqué les fondements d’une spiritualité.

Le mot « Nouaison » est étrange ; il a surgi comme titre et il scande le recueil, pour signifier les impressions subtiles éprouvées par le personnage féminin qui sillonne en l’occurrence la vallée de l’Eyrieux moirée de l’or des genêts et les pentes du mont Mézenc (à la place des paysages du Danemark propres à l’univers de Kierkegaard).

Son voyage commence dans le bonheur et le calme d’une idée de liberté ; puis se produit une espèce de détachement, quand le souvenir du lointain triton et ses effets s’estompent, presque jusqu’au désenchantement.

Mais le recueillement, face à une abside de pierre ocre cernée d’une odeur de lilas, sécrète cette idée et cette situation de nouaison, c’est-à-dire la condition des jonquilles, lorsqu’elles sont soulevées par le vent et qu’elles libèrent en elles les germes sans substance d’un rayonnement immatériel, autrement dit la diffusion d’une foi qui se répand dans un paysage de printemps :