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– « Peut-être que la poésie est un dépouillement jusqu’à la beauté… », par Gérard Scripiec

Gérard Scripiec, auteur de Il existe une faim, recueil de poèmes paru aux Éditions Jas sauvages en 2022 nous confié une nouvelle série de textes à propos desquels nous avons engagé un nouveau dialogue. Vous trouverez ci-dessous deux de ses poèmes et le début de ce nouvel entretien.

Jacqueline Assaël : « Gérard Scripiec, un mot revient souvent dans vos textes, comme une condamnation rédhibitoire du monde des humains : il s’agit de la notion d’orgueil. Souvent vous semblez imputer ce défaut profond à des catégories d’êtres qui, à vos yeux, interdisent l’éclosion d’une vérité de la vie. Ce type de propos vous fait apparaître comme une espèce d’imprécateur. C’est le mot que j’avais employé lors du dernier Festival de Marseille, en présentant un aspect de la tonalité de vos poèmes (« Joug de mots et de mondes orgueilleux » ; «  Nous nous éloignerons des rades orgueilleuses » ; «J’opposerai alors aux tempêtes d’orgueils » ). On se demande d’où vient la position privilégiée du poète qui lui permet de s’extraire de cette mauvaise compagnie. Mais dans certains cas, vous endossez aussi le reproche: («  mes soleils orgueilleux » ; «   nos orgueils fous » ). Faut-il entendre dans votre poésie les termes d’orgueil et de « monde», exactement dans le même sens que dans la théologie chrétienne où l’inclination mondaine et le péché sont universels? Si le poète peut s’évader à certains moments de cette condition, d’où vient cette liberté qui lui appartient en tant que tel, en tant que dépositaire des mots ? Subsidiairement, la sensibilité humble qui s’oppose aux orgueils que vous fustigez se développe essentiellement au contact de la nature et d’une forme de ruralité. On reconnaît dans ces textes vos paysages de prédilection, même si, à la différence des poèmes de Il existe une faim, vous n’introduisez pas d’indications géographiques précises. Est-ce que, pour vous, le cadre urbain représente une tentative de prendre une possession géométrique du terrain, où l’on perd le sens du vrai ? Je pense à la réflexion de Jacques Ellul qui reconnaissait la ville comme le lieu de la fraternité humaine agréé ultimement par Dieu à travers l’image de la Jérusalem céleste.»

Gérard Scripiec : « En fait, je ne savais comment qualifier le monde autour de moi, par monde j’entends le monde réel, le récit de ce monde d’aujourd’hui, ce que j’ai devant les yeux, les paroles entendues, les enjeux pressants, les défis impossibles. Mais je vois aussi les visages: ceux des femmes humiliées, des enfants qui ne comptent guère, des hommes hautains, violents, des peuples déplacés, bref une humanité qui pèse peu sur le plateau de la balance, l’autre plateau lourd d’argent, de pouvoir, de cynisme, d’armes, de destructions… alors voyant cela j’ai appelé ce monde le monde orgueilleux, c’est le monde qui est le mien et dans lequel je vis, j’en fait partie. Peut-être y a t’il un meilleur qualificatif?

Michel Bouttier dans son livre « Mots de Passe » parle de l’orgueil (kaukéma en grec:  la vanterie) dans le champ des Écritures et singulièrement dans les lettres de l’Apôtre Paul. Il parle d’un orgueil légitime, d’une fierté légitime et ils les situent en Christ, Michel Bouttier les rapproche alors du  » croire » de la confiance, de la foi…mais il souligne aussi un orgueil qui pousse les hommes a vouloir leur salut hors du Christ et alors il le définit comme un « s’en croire » : je peux faire mon salut tout seul, je « m’en crois » capable, je ne crois qu’en moi, en mes capacités, en ma grandeur, en mes forces, mon intelligence supérieure, ma religion supérieure, ma capacité militaire, mon argent, ma cotation en bourse, ma vision du monde, où l’autre est une quantité négligeable  » moi d’abord »! alors je regarde les autres en les humiliant, en les abaissant, en les écrasant, en les blessant à tout jamais dans leur dignité … Croire ou s’en croire! Paul va jusqu’à dire  » Je mettrai mon orgueil dans mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ » . Michel Bouttier ajoute  » La dignité de l’homme, la certitude d’être, reposent sur le renoncement aux aspirations de grandeur, le désistement intime face aux pouvoirs »

Voilà pourquoi dans ma poésie j’ai qualifié ce monde « orgueil » et j’ai parlé de  » rades orgueilleuses » de  » tempêtes d’orgueils »… et je me suis mis dans le lot des orgueilleux avec  » mes soleils orgueilleux », mes pauvres lumières… Le poète recherche et apprend une parole humble. Je parle d’humilité et en fait je ne sais comment mieux la qualifier : il faut que le poète laisse de  côté son orgueil (ses prétentions, son « s’en croire », sa fierté, ses présupposés de vérités acquises) pour recevoir cette parole, ce souffle, ce murmure insaisissables, cette présence… Peut-être entend-il résonner cette parole de Paul parlant de Jésus le Christ  » il n’a pas considéré être l’égal de Dieu, mais il s’est dépouillé »…Peut-être qu’il faut se dépouiller de tout pouvoir ( » être l’égal de Dieu ») pour se repeupler de notre humanité servante de la vie. Peut-être que la poésie est un dépouillement jusqu’à la beauté…

De la même manière que je ne savais comment qualifier le monde autour de moi sinon par l’orgueil, je ne savais comment ouvrir une terre nouvelle sinon en revenant à la nature encore, à l’enfance ( le village, le rural…) et en définissant la ville comme lieu de la confusion (Babel) (j’emploie souvent le mot  » néon » pour montrer l’artificiel des lumières de la ville, l’artificiel des discours de la villes, j’emploie  » écran » pour dire les langages obligés des écrans d’ordinateurs, de télés, tout ce qui pèse sur nous et nous formate). Ceci dit j’aime la ville bien sûr…mais puisque vous citez Jacques Ellul je reprends à mon compte sa critique d’une société technicienne qui déshumanise. J’aime dans la Bible ces lieux  » à l’écart » où Jésus va prier seul, cet écart où se révèle la plénitude d’une rencontre,  Jésus  « ayant pris à part » touche les plaies des souffrances et des exclusions de celles et ceux qu’il croise sur son chemin ;  j’aime le plein midi de la Samaritaine vers le puit de Jacob , j’aime le désert où « il se retire », j’aime ce haut de montagne où il dit les béatitudes, j’aime ce jardin de Gethsémané où la nuit arrive, et cet   » en dehors des murs » où il meurt. 

En fait, je cherche en moi ces lieux, cet écart de monde, ce silence de la prière, cette beauté d’une parole perçue, cette « présence pure » comme l’appelle Simone Weil (est-ce orgueilleux?)… Je cherche encore ce qu’il y a de possible, ce qu’il y a de beauté, ce qu’il y a encore d’humain dans ce qui m’entoure, dans mon humble lecture de l’état du monde, dans cet avenir à vouloir. »

Brouillard sur une ferme du mont Mézenc. Photographie: Jacqueline Assaël

– Les éditions Jas sauvages au Salon Protestant du livre à Paris, par Étienne Pfender

Impressions d’Étienne Pfender,qui a tenu le stand, avec Jean Alexandre et Michel Block

Lors du FPL 2023 à l’Institut Protestant de Théologie de Paris, deux espaces séparés étaient installés : celui des auteurs dans la grande salle, et celui des éditeurs dans la salle attenante au lieu où se tenait la table ronde. En début d’après-midi, il fallut aller « chercher » le public, attiré plutôt par les nombreux auteurs, favorisés, il est vrai, par une meilleure signalétique globale. Mais à force de distribuer les magnifiques marque-pages des Éditions Jas sauvages, le stand a été bien visité. Un ancien imprimeur a trouvé la typographie des couvertures des Éditions Jas sauvages fort belle et sobre. Le QR CODE des Éditions a été certes peu flashé, mais l’habitude n’est pas encore prise dans le public traditionnel protestant. Dommage, car il donne directement accès au site internet des Éditions.

Par sa grande taille, notre stand permettait d’exposer tous les livres édités depuis cinq ans, de valoriser chaque collection, et d’exposer les nouveautés en plein milieu. Jean Alexandre, Michel Block et moi-même étions présents pour accueillir les visiteurs qui se voyaient offrir le catalogue des Éditions, ainsi que les derniers marque-pages et cartes postales restants. Ces simples souvenirs ont été dévalisés et se révèlent très utiles, comme le témoignait une personne qui avait déjà une carte trônant sur son buffet…

En fin d’après-midi, la tenue de la table ronde du Festival a drainé le public quasiment obligé de passer devant notre stand. Les ventes s’en sont ressenties, puisqu’au total, sur une cinquantaine d’ouvrages présentés, dix ont été vendus. Pour de la poésie, par essence plutôt intimiste, c’est loin d’être négligeable !  Un encouragement à persister dans l’exhortation de l’Épître de Jacques : « Devenez poètes de la parole ».

La décoration du stand

Ce petit personnage et ces petits animaux sont tous très attentifs aux œuvres des Éditions Jas sauvages. Ils ont notamment attiré l’attention d’un petit garçon dont la maman est une passionnée de poésie de la foi.

État de la question quelques jours avant la date du Festival Protestant du Livre,

par Jacqueline Assaël

Étienne Pfender prépare avec soin et originalité le stand des Éditions Jas sauvages qu’il va tenir au Salon protestant du livre qui aura lieu dans les locaux de l’Institut Protestant de Théologie, le 30 septembre 2023, 83 boulevard Arago, 75014 Paris

Étienne Pfender est artiste, violoniste de profession et il investit autant de soin dans la préparation du stand des éditions Jas sauvages que dans ses répétitions musicales, ce qui n’est pas rien.

Grâce à lui, vous pourrez donc découvrir chacune des collections avec sa spécificité : théâtre, poésie, etc. Il se prépare aussi à vous expliquer l’intérêt de chacun des ouvrages de notre catalogue. Ce salon sera donc une occasion de faire très précisément connaissance avec nos éditions.

Bien sûr vous pourrez retrouver le recueil d’Étienne Pfender, Cent soixante-dix haïku bibliques, à travers lequel il tente de concilier l’esprit de deux cultures, celle du Japon, qui efface le sentiment de l’individualité sous la conscience de l’éphémère et de la souveraineté de la nature, et la spiritualité biblique qui place l’être humain face à Dieu.

Vous pourrez aussi rencontrer sur le stand le pasteur Jean Alexandre qui présentera son recueil Lettre à l’angelesse, éphéméride de son exercice de l’humain, fait d’émerveillement et de courage face à la vie qui nous surprend et nous emporte, parmi les autres.

Tous deux vous montreront que la poésie est indispensable pour respirer, dans un monde parfois étouffant.

Notre stand vous attend.

Moyens de paiement acceptés :

– La comédie « Allo Bybol ! » à Saint-Paul-Trois-Châteaux

1. PRÉPARATIFS : Tout le monde s’affaire à Saint-Paul-Trois-Châteaux pour accueillir la pièce Allo Bybol !

La régie se prépare, les éléments de décor sont mis en place. Dimanche prochain, 17 septembre 2023, aura lieu dans la paroisse de l’Église protestante unie de Saint-Paul-Trois-Châteaux une représentation exceptionnelle de la comédie théologique Allo Bybol!

Il faut dire que nous sommes tous impatients, car cette représentation a dû être reportée de plusieurs mois en raison d’une blessure d’une des deux comédiennes. Alors maintenant, c’est le temps des dernières répétitions et des derniers aménagements.

Voici une visite guidée du décor :

On va beaucoup chanter Aube nouvelle, au cours de cette représentation. Sur tous les tons, sur une musique déjantée d’Étienne Pfender et Marc Tennéroni, a capella, etc.

Voici une vue de l’écran sur lequel seront projetées les strophes de cette version renouvelée:

Alors, bien sûr, nous serons dans le Temple. Mais pour la circonstance, il va offrir aussi une scène pour les comédiennes et nous entrons dans une journée de réflexion ludique sur les modalités de lecture de la Bible.

Il faut donc transformer l’espace. C’est à quoi s’est employée l’équipe des paroissiens, non dénuée d’imagination et de ressources ; il faut fabriquer des coulisses, qu’à cela ne tienne : voici des paravents qui, recouverts d’un tissu noir, feront bien l’affaire. Les voyez-vous, sur l’image à gauche ?

Il faut trouver une chaise haute pour le personnage d’Angélique ? Il suffit de déménager un bouquet. Voilà un nouveau défi pour Annie Coudène qui, dans sa carrière, a déjà joué le rôle d’un arbre, mais en l’occurrence, il s’agit de réussir à supplanter un bouquet de fleurs. Nous nous y sommes exercées, aujourd’hui, en répétant la pièce. Elle sera sûrement convaincante. Quant aux nombreuses Bibles nécessaires à Luthérine, évidemment ce n’est pas un problème !

Voilà, il vous reste à venir nombreux pour assister à cette pièce conçue pour divertir tout public, les enfants et les adultes y trouveront leur compte les uns et les autres !

2. Et voilà, la représentation a eu lieu!

Le 17 septembre était une journée de rentrée, pour la paroisse de Saint-Paul-Trois-Châteaux, avec en plus la solennité des journées du patrimoine.

La participation des éditions Jas sauvages s’est inscrite dans ce contexte spirituel et festif.

Le matin, la célébration du culte avait donné à éprouver l’atmosphère de bienveillance que la paroisse cherche à créer en elle et autour d’elle, avec une prédication sur la guérison d’un paralytique présenté à Jésus par un groupe d’amis en passant par les toits. Les paroissiens se sont donné la réplique, pendant une première phase où la réflexion est passée justement par la mise en scène de la situation, pour analyser les justifications d’une telle effraction. Puis le pasteur a montré comment la question devait être transcendée par l’engagement inconditionnel et gratuit dans un comportement de bienveillance envers l’autre.

L’apprentie comédienne que je suis s’est demandée, pendant les échanges très naturels et convaincus entre les paroissiens devenus brièvement acteurs, s’ils avaient véritablement besoin d’un apport extérieur, en matière de jeu théâtral.

Toujours est-il qu’après un repas fin et plantureux à la fois, le public s’est rassemblé nombreux pour assister à la représentation de Allo Bybol.

Le temple était plein et le toute l’assistance très attentive pour découvrir les surprises du cheminement d’Angélique à travers la Bible.

Bien sûr, tout le monde a chanté avec elle à pleins poumons la version renouvelée de Aube nouvelle sur des paroles que le pasteur Paul Doré a trouvées très poétiques. Bertrand, le technicien, a particulièrement apprécié la qualité de la parodie musicale effectuée sur le mode jazzy par Étienne Pfender et Marc Tennéroni.

Un spectateur est venu nous dire qu’il aurait bien aimé que la pièce dure un peu plus longtemps, manière de souligner qu’il ne s’était pas ennuyé avec cette cascade de jeux de mots théologiques et de situations drolatiques.

3. Allo Bybol va poursuivre son chemin et nous espérons retrouver bientôt cette paroisse très attentionnée et fraternelle de l’Enclave et du Tricastin pour d’autres partages théologico-poétiques!

– Aquarelles et poésie des Cévennes pour les journées du patrimoine, à Toulon

L’Église protestante unie de Toulon propose une exposition « Aquarelles et poésie » intitulée:

« Drailles. Chemins de transhumance vers la foi » pour les Journées du patrimoine.

L’exposition commentée sera visible les 16 et 17 septembre, au Faré, maisonnette paroissiale, au 39 bis rue Clappier à Toulon

Elle comporte 14 aquarelles de Jacqueline Assaël, accompagnées de poèmes extraits de plusieurs de ses recueils et ouvrages:

  • De l’âpreté des drailles, éditions Encres vives.
  • L’humble beauté de Dieu, éditions Olivétan.
  • Frère de silence, éditions Jas sauvages

Cette exposition avait été précédemment accueillie par la paroisse de l’Église protestante unie de Nice Saint-Esprit, du 5 juin au 30 octobre 2022.

Elle a également donné lieu à une réflexion sur le thème « Et Dieu créa les arts », parue dans le volume collectif publié par l’Institut protestant de théologie de Montpellier et paru aux éditions Olivétan.

L’exposition présente trois phases d’un chemin spirituel:

  • L’appel des Cévennes
  • Les Abeillères
  • Aujourd’hui

À Toulon, le vernissage s’est déroulé dans le Temple plein d’une centaine de personnes, à l’issue du culte de rentrée, le 10 septembre.

Il était très émouvant et impressionnant de voir un drap se lever, avec en transparence la vision de la Croix, pour lever les couleurs, en quelque sorte, lors de la projection prévue d’un diaporama expliquant le parcours.

Ce diaporama comporte quelques images exposant l’intérêt de l’art pour exposer la foi et quelques associations entre aquarelles et poésie, dans l’exposition. (Ci-dessous, quelques extraits de ce diaporama)

Visite guidée, joyeuse, le 10 septembre. Photographie Georg Haase

Remerciements à la paroisse de Toulon, à la pasteure Silvie Ill et au président du conseil presbytéral Christian Papirer qui ont organisé l’accrochage des aquarelles et poèmes et la mise en place du stand des éditions Jas sauvages.

– Un atelier d’écriture à Marseille, avec Yves Ughes

Yves Ughes nous envoie sa présentation de l’Atelier d’écriture qu’il a animé à Marseille, en mai dernier, pendant le Quatrième Festival international de poésie de la foi.

Vous trouverez ses éléments de méthode ci-dessous.

Six participants (dont Yves Ughes lui-même) se sont engagés dans cette aventure bienfaisante de l’écriture.

Vous trouverez dans une deuxième partie de l’article un florilège d’extraits que nous avons retenus.

Vous pouvez vous aussi jouer le jeu à distance, à votre tour, si vous le souhaitez, et nous envoyer vos textes.

L’atelier d’écriture du Festival international de poésie de la foi 

Marseille, mai 2023

Par Yves Ughes

I) Définir un atelier d’écriture 

« Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur du monde »  affirmait Albert Camus. 

Partant de ce constat nous pouvons dire que l’expression « Atelier d’écriture » est plutôt bien choisie, formulée avec précision : le mot atelier présente une connotation artisanale bienvenue. 

De fait, il ne s’agit pas de former des écrivains, des poètes mais de (re)donner les outils nécessaires pour une réappropriation spécifique de la langue. 

Cette langue, on le sait depuis Ésope, peut être la meilleure et la pire des choses. 

En effet, en tant qu’être parlant nous ne sommes pas à l’abri de voir notre langue se figer, se contracter en pratiques mondaines et/ou totalisantes, voire totalitaires. 

Dans la préface de son recueil Lettre à l’angelesse, Jean Alexandre établit le mal de la langue avec clarté : 

« tout le monde parle. Mais pourtant, dans toutes les sociétés, il y a une pesanteur qui fait qu’elle se met à ronronner, à tourner en rond. Et finalement elle ne permet plus d’adaptation au nouveau, elle devient un corset qui force les choses à demeurer en place, suivant les intérêts qui dominent la société en question ». (P.7) 

Pour prolonger cette réflexion citons Christian Bobin, nous parlons -ou écrivons- alors en somnambules, « sans sortir du sommeil de la langue ». (Le Très-Bas, 4ème de couverture). 

Il nous faut retrouver l’énergie salvatrice de l’écriture, l’atelier a ainsi pour but de cultiver une langue par effraction pour répondre ainsi  à la phrase de Franz Kafka : la poésie est un coup de hache donné sur la mer gelée de nos émotions. 

Renouer avec les émotions pour retrouver l’allant perturbateur de la langue et de l’écriture. 

II) La couleur spécifique de notre atelier ? 

Notre atelier s’inscrit dans un festival consacré à la « poésie de la foi ». Les deux mots posent problème et se situent dans une interrogation. La poésie ne peut se définir, sans quoi on la finit ; il en va de même pour la foi. 

Ces deux mots nous renvoient à un questionnement fort : comment dire l’indicible ? La poésie doit exprimer les émotions, qui nous échappent, et la foi ne peut se formuler en mots raisonnables. 

Quels sont les liens qui unissent  pourtant et  sousterrainement ces deux mots ? Cette pratique de la langue et cette force intérieure qui nous anime ? 

Un élément de réponse nous est donné par Jésus lui-même. 

Ainsi pouvons-nous lire dans L’Évangile selon Matthieu : 

Je prendrai la parole pour dire des paraboles

Je proclamerai des choses cachées depuis la fondation du monde. (Matthieu, 13-34) 

Et Antoine Nouis d’ajouter : 

« Les choses cachées depuis la fondation du monde » se révèlent par des paraboles et non par des raisonnements. Il existe un niveau de vérité qui est au-delà de la pensée, qui ne s’exprime pas mais qui se raconte. (A. Nouis, dans Le Nouveau Testament, Commentaire intégral verset par verset par Antoine Nouis, Éditions Olivétan-Salvator, 2018, page 116.) 

Nous allons donc avancer dans cette direction. 

Pour avancer dans le cadre de cet atelier nous allons utiliser toutes les ressources offertes par notre langue, en nous dégageant des carcans conceptuels. 

Laissons parler la musicalité des mots, laissons-nous envahir par notre musique intérieure, qui va nous dicter un rythme qui prendra forme en occupant  l’espace-page, et cultivons  sans frein les images : les paraboles, les comparaisons, les métaphores. 

III)  Les déclencheurs

(Texte de référence : l’Évangile selon Matthieu) 

(Texte biblique tiré de la Nouvelle Bible Second. 2002. Société biblique française.)

  1. Jésus lui dit : les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’Homme n’a pas où poser sa tête. (Matthieu, 8.20 )Sa parole est un évangile du chemin (A. Nouis). Comment et où cheminez-vous avec la Parole du Christ ? 
  1. Mais Jésus lui dit : Suis-moi et laisse les morts ensevelir les morts. (Matthieu, 8.22) vous est-il arrivé d’aller d’un lieu dominé par la mort vers un lieu de vie ? Dites votre cheminement. N’hésitez pas à inventer des lieux symboliques.
  1. Le démon chassé, le muet parla. (Matthieu, 9.33). Quand je suis libéré de mes peurs et de mes démons quelle est ma parole ? Que peut engendrer ce  « je » enfin autorisé  ? (On peut travailler avec l’anaphore, écrire un texte avec un « je » récurrent). 
  1. Celui qui aura trouvé sa vie la perdra, celui qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. (Matthieu, 10.40). Qu’est-ce qui se perd ? Qu’est-ce qui se trouve ? (Ce qui se perd aux semailles se retrouve à la moisson. Saint Augustin). 
  1. Alors il dit à l’homme : Tends ta main. Il la tendit, et elle redevint saine comme l’autre. (Matthieu, 12.13). Évoquer ce qui en nous cultive la paralysie, et ce qui nous dénoue. 

6) Le thème de la joie revient plusieurs centaines de fois dans la Bible. Jésus appelle ses disciples à vivre sous un  commandement d’amour, pour que votre joie soit complète (Jn, 15.11) et l’apôtre Paul fait de cette vertu un commandement : Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur : je le répète, réjouissez-vous. (Ph.4.4) . En utilisant toutes les ressources de la langue : musicalité, rythme, images évoquez un moment de joie intense, « pour qu’elle demeure ». 

7) Alors, il leur répondra : Amen, je vous le dis, dans la mesure où vous n’avez pas fait cela pour l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait ». (Matthieu, 25.45) 

En complément : Celui qui n’aime pas demeure dans la mort (1.Jn, 3-14) . Images de la mort actuelle, formes de l’amour…

8) Mais quel malheur pour cet homme par qui le Fils de l’Homme est livré ! Il aurait mieux valu pour cet homme de ne pas être né. (Matthieu, 26-24) Percevoir et dire la dimension tragique de Judas. 

9) les tombeaux s’ouvrirent et les corps de beaucoup de saints endormis se réveillèrent. (Matthieu, 27.52) par le Christ quels sont les tombeaux qui s’ouvrent en moi, quelles sont les peurs qui se libèrent ? 

TEXTES ÉCRITS LORS DE L’ATELIER D’ÉCRITURE 

Tous les textes produits ont leur intérêt propre : Martine Cardi a exprimé avec force son aspiration à une libération, sous de multiples aspects, et Janine Belfils a dit très simplement son besoin d’aimer : « Pour vivre, j’ai besoin d’aimer… »

Jacqueline Dufour a interprété de manière originale l’épisode de la guérison de l’homme à la main sèche, dans Matthieu, 12, 13. Pour elle, cette main, raidie, est incapable de se tendre vers l’autre qui la déstabilise par son indépendance et qu’elle a du mal à accueillir. Mais quelque chose se passe :

Ma main sale, orgueilleuse 

Vacille

Qui suis-je ?

Personne, une étrangère, une inconnue 

La joie est là, perceptible, vivante

Mon esprit vibre

« Oui, oui, venez »

Mes mains redeviennent saines 

La vie, le bonheur m’inondent 

Jacqueline Dufour. (D’après Matthieu, 12. 13) 

+++++++++++…………….+++++++++++++

Marie-Christine Gay esquisse aussi une évolution vers la sérénité, à la vue d’un arc-en-ciel, alors qu’elle éprouvait une sensation de déliquescence.

Comment l’exprimer mieux qu’elle ?

mes yeux tombent très bas 

dans les rivières de ma vie 

La nature des flots se transforme ensuite étonnamment et le naufrage régénère le personnage en train de se noyer

sombre mon cœur dans le jour 

les flots me submergent 

une demeure m’accueille

Marie-Christine Gay. 

++++++++++++++…………….+++++++++++++

Yves Ughes évoque les résurgences de la vie en créant la sensation poétique de ses couleurs saisissantes et en suggérant le mouvement de son souffle inextinguible.

La référence biblique dit sobrement la solidité de la foi.

un éclair et c’est la nuit 

chaque ronce pourtant vient s’enraciner dans des rayons 

faits de miel et de faibles clartés 

un troupeau vient à naître 

un troupeau s’en vient paître 

et les insectes déjà respirent 

enjoués 

couperosés 

comme coquelicots 

vers toujours plus de vent. 

le verbe abandonné est devenu 

pierre angulaire, clé de voûte.           

Yves Ughes 

– Les éditions Jas sauvages à l’Assemblée du Désert

Les éditions Jas sauvages sont allées fêter leurs cinq ans lors de l’Assemblée du Désert.

Elles ont ainsi procédé au lancement de leurs deux derniers livres:

  • Engranger le fertile, recueil de poèmes de Lucie Wateau
  • Nouaison, recueil de poèmes suivi d’un essai: Genèse et Nouaison à la manière de Søren Kierkegaard, de Jacqueline Assaël

Le stand était tenu par Jacqueline Assaël, Lucie Wateau et Jean Alexandre qui ont profité de la pause méridienne pour proposer des lectures poétiques au public qui passait dans les allées de l’esplanade consacrée aux organismes de culture protestante.

Le terrain de l’Assemblée du Désert, au petit matin, lors de l’installation des stands

Jean Alexandre, avec à la main son livre, Lettre à l’Angelesse, éditions Jas sauvages.

Lucie Wateau, pour le lancement de Engranger le fertile

Jacqueline Assaël, avec son livre Nouaison.

– Visite guidée poétique de l’abbatiale de Rosheim

par Lucie Wateau

Elle qui a écrit Engranger le fertile, à paraître bientôt aux éditions Jas sauvages, a animé une visite guidée de l’abbatiale de Rosheim, en Alsace, dans un cadre privé, avec ses amis. Elle aime ce type de diffusion de la poésie dans une intimité chaleureuse.

Elle nous a confié des traces de cette journée de juillet, à travers un script de sa présentation dans l’abbatiale. Elle a signalé des éléments architecturaux de ce monument religieux en leur donnant l’écho de lectures de poèmes de Michel Block (Périchorèse) et Jacqueline Assaël (Frère de silence). Les vidéos tournées à cette occasion par Patrick Jacob ne peuvent pas pour l’instant être chargées sur ce site, mais Lucie Wateau a aussi retenu, en quelque sorte, des images arrêtées de cette visite, en associant des photographies de mots et d’images. Pour terminer, elle a aussi lu un poème de Jean Alexandre et la vidéo correspondante clôt cet article.

Script de la visite guidée, par Lucie Wateau

Première partie

Je veux vous montrer quelques figures de cette nef qui nous touchent particulièrement dans notre chemin de Foi
.
Dehors nous avons remarqué des sculptures – des acrotères – représentant des personnages terrassés par le mal.
Lui même représenté par un animal monstrueux.

Ici, dans la nef de l’église, il y a comme une protection qui nous vient de ce chemin intérieur vers la lumière que
nous voulons accomplir.
Mais ce n’est pas tout de suite!

Nous sommes là, à l’entrée de l’église.

Voilà qu’il y a un petit personnage qui se bouche les oreilles.
Pourquoi se bouche-t-il les oreilles ?
Est-ce qu’il veut fuir le tintamarre extérieur? Est-ce qu’il veut fuir son propre tintamarre?
Ou est-ce qu’il n’est pas encore prêt à entendre cette Parole qui vient d’ailleurs?

A cette intention, voici un poème de Michel Blok, pasteur protestant, tiré de son livre « Périchorèse » ,
une danse entre l’homme, Dieu et l’Esprit .

Peut-être veux-Tu
que je me taise

Peut-être veux-Tu
poncer mes mots
avec Ton silence

Peut-être

Ce  » peut-être « , c’est l’interrogation de celui qui désire faire son chemin intérieur dans l’église ?

Je vous invite maintenant à suivre la nef.

Script de la visite guidée

Deuxième partie

Nous sommes arrivés près du choeur

Voici un petit personnage, tout à fait en hauteur.

On a l’impression qu’il ouvre ses oreilles !
Est-ce que nous aussi allons ouvrir nos oreilles à la Parole ?

A la même hauteur, nous avons 2 personnages qui se tiennent unis.
 » C’est pour les mariages! » dit quelqu’un

J’imagine cette progression :
On se bouche les oreilles, on se recueille, on s’ouvre à la Parole, on crée du lien, on rencontre l’autre.

Ou encore, du point de départ de notre chemin:

on se protège du mal, on avance vers plus d’écoute , plus de lumière.

Comment expliquer cette sculpture ? Signe du zodiaque ? Je ne sais pas.
Je l’interprète plutôt comme le lien qui se crée dans la rencontre, en Eglise, ECCLESIA.

Regard sur le vitrail des transepts

ici les anges se réjouissent de notre chemin intérieur et nous accueillent

écoute d’un poème de Jacqueline Assaël tiré de son livre  » Frère de Silence »:

Désormais
L’angélus de sa joie
Sonne
À toute volée

Comme un instinct sauvage

Puis se recueille
Comme à mi-voix

Mais il règne
Et l’englobe de joie

Où elle est

Malgré lui

Au fur et à mesure du chemin, une joie se dit, qui nous englobe, même si nous résistons encore un peu,
la joie est là
et les anges nous regardent, se réjouissent, nous englobent de joie.

Dans la nef

Levons les yeux encore une fois
Voyons des personnages qui nous regardent: un visage bienveillant, un autre un peu plus circonspect…
Il y a comme ça des regards qui nous suivent tout au long de notre périple.

Écoute d’un poème de Michel Block:

De regard en regard
une cordée d’étincelles
et je tiens debout
quoique fragile
tout au bord de Ta Présence

Cette fragilité, c’est notre chemin d’humanité

Vers le pilier aux 21 têtes.

Voici des personnages énigmatiques, 21 têtes, en cercle, 3 fois 7, chiffre parfait, trinitaire.

Ils ferment les yeux
Est-ce qu’ils sont en méditation ?
Ils sourient, voyez leurs bouches:
Est-ce qu’ils soufflent? Est-ce qu’ils chantent?
C’est tout le mystère de l’accueil qui nous est fait.

Écoute d’un poème de Jacqueline Assaël:

Le silence s’éteint

Mais je lui parle encore
Dans un souffle

Et des coups de gong
– des coups de grâce –
Clôturant le silence
Une Parole surgira

Cette Parole, on ne l’entend pas, mais si nous ouvrons les oreilles de notre coeur, elle se fait
« murmure de fin silence »
dans la confiance une Parole surgira!

Lecture d’un poème de Jean Alexandre par Lucie Wateau.

Cliquer sur la petite flèche pour voir la vidéo.

En arrière-plan, la belle exposition d’Éliane Karakaya dans le cadre des Chemins de foi en Alsace, intitulée Chemin vers soi, autour de la lutte de Jacob avec l’ange.

Ici le très beau visage de Rébecca, avec son fils Jacob:

– Rentrée littéraire 2023 des Éditions Jas sauvages

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par Jacqueline Assaël

La rentrée littéraire des éditions Jas sauvages

est… fertile !

Les éditions Jas sauvages préparent la parution de deux livres

dans la collection « Prièmes »

pour la rentrée de septembre :

 

 

Nous espérons que leur lancement pourra avoir lieu le 3 septembre, à Mialet, lors de l’Assemblée du Désert.

D’ores et déjà, voici ci-dessous une présentation des deux ouvrages.

Engranger le fertile 

de Lucie Wateau

Rien n’est plus réjouissant que cette image : « engranger le fertile », qui promet fécondité et lumière, annihilant toute famine et tout doute.

Lucie Wateau a su la cueillir dans la profondeur de sa foi, et elle a su la faire fructifier dans ce bouquet qu’elle nous offre avec tant de générosité et d’humilité.

Car Lucie Wateau a fait comme Saint Thomas : elle a « risqué le chemin » de la poésie : non pas une poésie mystique et noire, mais une poésie « légère, détachée et joyeuse au réveil, comme les moucherons qui dansent au soleil » comme celle de la poétesse Marie Noël.

Tant sur le papier que dans la profération de ses poèmes, Lucie Wateau joue avec les silences et les mots un peu comme une pointilliste ou une percussionniste.

Lucie est musicienne et sait transmettre ces notes et ces vibrations qui réjouissent l’oreille et l’esprit.

Lucie est artiste (ne s’appelle-t-elle pas Wateau ?) et ses mots sont couleurs.

Ses poèmes sont des mandorles où se niche sa foi, une foi lumineuse et exigeante et qui nous donne droit à la délicatesse de l’amande partagée, celle que l’on croque mais celle aussi que l’on fait germer (ne faut-il pas « engranger le fertile » ?)

Agathe Bischoff-Morales

Nouaison

suivi de Genèse et Nouaison, à la manière de Søren Kierkegaard

de Jacqueline Assaël

Nouaison apporte la suite d’un recueil précédent, intitulé Frère de silence, qui n’avait pas encore trouvé sa vraie fin. Dans cette situation poétique, la particularité d’un lien fraternel, noué dans ce mutisme consubstantiel à la personnalité de l’un des deux protagonistes créait une proximité affective peu ordinaire. Mais au bout d’un certain temps, le lien peut-il perdurer dans l’éloignement quotidien et dans ce silence qui, à échelle humaine, paraît s’éterniser et s’épaissir peut-être irrémédiablement ?

La dramatique de Nouaison esquisse et affirme une réponse que les ressorts psychologiques et les philosophies de la liberté ne pouvaient pas laisser prévoir, sauf, en un certain sens, celle de Søren Kierkegaard, dans sa subjectivité singulière et sa dimension transcendantale, c’est-à-dire, en l’occurrence, spirituelle.

Ce volume réunit plusieurs modes d’expression d’une même expérience humaine. L’inspiration poétique suggère les sensations vécues à l’improviste, par une conscience déliée, dans des lieux chargés de cette histoire silencieuse, sur les flancs du Mézenc et dans la chapelle du Mazet-Saint-Voy ; elle chiffre ces impressions dans la symbolique d’un temps précis, celui des dernières jonquilles qui entament leur nouaison, saupoudrant le Plateau des promesses d’un filet de graines aériennes.

Le recueil est suivi d’une réflexion qui fait écho à la méditation de Kierkegaard, dans Crainte et tremblement, car ce traité aborde la même question de la survie d’un lien et d’une relation, au-delà de l’anéantissement et du mutisme. Le philosophe y transpose son cas personnel à travers plusieurs schémas narratifs, biblique et littéraires. Notamment, Kierkegaard cherche à imaginer l’état d’esprit d’Abraham au moment où il ligote son fils Isaac et lève le couteau sur lui, auquel il tient infiniment, dans la foi que Dieu lui restituera l’être qu’il s’apprête à lui sacrifier et dont il se tient séparé par un mur de silence.

Nouaison adopte plutôt le point de vue d’Isaac, et sa réaction se dessine alors vis-à-vis de tous les liens qui l’attachent.

Lianes, Éliane Karakaya

« Elle atterrit

En ce temps inouï

Cette dentelle d’entredeux

Entre Ascension et Pentecôte

Où d’éclaircie sauvage

Embuée et fleurie

Le Plateau sauve

Et embellit

La nouaison de ses jonquilles

Il aurait dit ‘Nouage’’

Elle dit ‘Nouaison’ »

J. A.