La soirée du 27 mars 2026 dans la paroisse de l’Église protestante unie de Marseille Sud-Est visait tirer les conclusions de la la Deuxième Rencontre Théo-Lettres qui s’était tenue en mai 2025 réunissant des théologiens et des universitaires des Facultés littéraires spécialistes de l’étude de la Bible, pour tenter d’apporter, dans le cadre de la pensée chrétienne, des éclairages sur la notion d’Esprit, fondamentale dans toute spiritualité humaine.
Il s’agissait aussi de présenter le volume des actes de cette Rencontre. Ce livre réunissant les contributions de six des participants y ayant participé (Jean Alexandre, Jacqueline Assaël, Benoît Benhamou, Christian Boudignon, Yves Parrend, Jonathan Thiessen) est en effet paru récemment aux Éditions Jas sauvages.
Trois conférenciers : le pasteur Raymond Dodré, Benoît Benhamou et Jacqueline Assaël se sont donc succédé pour présenter chacun leur lecture de deux des articles cités.
Le pasteur Raymond Dodré
Benoît Benhamou
Jacqueline Assaël
Le samedi de Pâques, le contenu de ces communications a été placé à la une du Forum Protestant, (cliquer ici pour lire l’article) signe de leur importance pour une réflexion sur la notion d’Esprit:
Vous pouvez vous procurer l’ouvrage, au prix de 16€, auprès des éditions Jas sauvages.
Un samedi de Pâques, je suis venue explorer l’espace de la Bergerie du Mas Soubeyran, à Mialet, lieu où se dresse le Musée du Désert.
Le printemps battait son plein aux alentours: cerisiers sauvages en pèlerinage au sommet des collines, arbres de Judée en fleur, troupeaux dans de verts pâturages :
Avec le conservateur du Musée du Désert, Denis Carbonnier, nous avons préparé l’installation de l’exposition de mes aquarelles et poésies, qui se tiendra le premier dimanche de septembre, jour de l’Assemblée du Désert, dans la Bergerie du Mas Soubeyran.
Rendez-vous, donc, le 6 septembre, pour voir des représentations de lieux de recueillement du protestantisme et notamment, avec un regard en abîme, des aquarelles figurant l’Assemblée du Désert et aussi « l’Assemblée des Colchiques », glissement du printemps à l’automne en Cévennes.
Les textes exposés seront empruntés à divers de mes ouvrages:
L’humble beauté de Dieu. Prier aux Abeillères ou à Pomeyrol, éditions Olivétan.
Le gala s’est déroulé dans l’Atelier d’artistes Sevin-Doering, lieu exquis pour la poésie.
Toute une équipe d’Académiciens de Marseille: la pianiste Evelina Pitti, le metteur en scène et chanteur Jean-Christophe Born, le poète Remo Mugnaioni, Marina Lafon-Borelli, Ioanna Mousikoudis et moi-même, nous sommes employés à faire vivre la poésie du sud, de Marseille, d’Italie et de Grèce, à travers un choix de poèmes. Les poètes de l’Académie, du XIXème siècle et d’aujourd’hui étaient bien représentés, mais il y a eu aussi au programme des œuvres de Séféris, prix Nobel de littérature, et de Yves Ughes. Voir le canevas ci-dessous.
Les lectures de poèmes ont été prolongées par des temps musicaux interprétés par Evenina Pitti, avec au programme des œuvres de Satie, Debussy, Liszt, Thurner…
Un splendide « O sole mio » chanté par Jean-Christophe Born a donné un surcroît de vigueur à la réception de l’œuvre d’Yves Ughes.
L’atelier Sevin-Doering: guirlande de lumières ou cordages de bateau? Photographie Olivier Siegel
Canevas de la soirée
Nous ouvrons ce gala, par un appel à la Muse, comme il se doit.
Nous confions ce soin essentiel à Joseph Autran, membre de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille, puis de l’Académie française, poète et damaturge français du 19ème siècle, qui rattache sa propre voix d’auteur méditerranéen au répertoire inspiré par la Muse des Grecs. Nous lirons donc un extrait de sa tragédie à l’antique : La fille d’Eschyle, avec son évocation du blanc éclatant du marbre, du bleu azuré de la mer, et de la lumière de la parole poétique.
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Deux poèmes de Yannis Ritsos, extraits de La sonate au clair de lune et autres poèmes (1956-1963) peuvent placer d’emblée le gala sous le signe de la thématique nationale du Printemps des poètes : « La liberté. Force vive, déployée »
Le premier texte définit le lieu théâtral, où nous nous situons nous aussi aujourd’hui, comme le creuset d’où jaillit l’expression spontanée du sentiment de la puissance d’être, partagé par les humains et la nature tout entière.
Le second esquisse la perspective d’une vie qui se déploie dans la beauté, à l’infini, malgré la pensée de la mort, incluse dans la condition humaine, mais poétiquement vaincue.
La liberté. Force vive, déployée. Les deux poèmes expriment le message fondamental et pérenne de la Grèce.
Lecture par Marina Lafon-Borelli.
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Les textes de cette première partie pourraient être lus par les auteurs, Remo Mugnaioni et Jacqueline Assaël et présentés au cours d’un dialogue entre eux.
Supposons le pont d’un navire où ils sont embarqués. Ils s’y rencontrent et parlent de leur perception de la mer.
Avant la lecture des extraits du recueil de Jacqueline Assaël, Janus et la méduse, écrit au tournant des années 2000 : dire au fil du dialogue qu’il s’agit en quelque sorte d’une tragédie poétique où la voix qui s’exprime se guérit dans le sable de la plage des Catalans, à Marseille, ainsi que dans la vision de l’île de Ratonneau et de l’Hôpital Caroline devenu le reflet du décor de la pièce d’Hélène d’Euripide. Vie et imaginaire culturel se mêlent dans la résolution du tragique.
Jacqueline Assaël et Jean-Christophe Born lisant les textes d’Yves Ughes. Photographie Inga Velitchko
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Poèmes de Remo Mugnaioni
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Remo et Jacqueline continuent à discuter poésie et évoquent les œuvres de leurs prédécesseurs, académiciens de Marseille.
Joseph Autran aime la mer et l’arrière-pays marseillais. Mais ce recueil privilégie la mer.
Lecture par Jean-Christophe Born
Marseille, décor du gala. Photographie Inga Velitchko
Eulalie Favier contemporaine de Joseph Autran. Admiratrice de Lamartine. Occupante du « 41èmefauteuil » de l’Académie.
Retient du romantisme un sentiment de faiblesse mêlé d’intensité.
Son imagination de la mer est assez morbide, sublimée par la foi.
Lecture par Remo Mugnaioni et Jacqueline Assaël
Les deux poètes sont en relation avec Alphonse de Lamartine et admirent explicitement son œuvre. Cette partie s’achève donc par la lecture d’un de ses textes, flamboyant, repris en écho par la musique de l’artiste académicien Théodore Thurner, interprétée par Evelina Pitti.
Lecture par Jean-Christophe Born
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Toujours sur le pont du navire, la société poétique s’élargit à d’autres « invités ».
Remo évoque l’œuvre de Cesare Pavese qu’il a traduite.
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Yves Ughes, entendant évoquer un auteur italien, se joint à la conversation. Deux mots de présentation de son recueil et de deux de ses personnages majeurs : le père et la mère arrivés d’Italie, pour fuir la misère et trouver la liberté.
Force vive déployée.
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3 poèmes de Trois poèmes secrets de Georges Séféris.
La lumière et la foudre de la nature.
Lecture en bilingue par Ioanna Mousikoudis et Jacqueline Assaël
L’équipe des Académiciens à l’œuvre dans ce gala. En fond d’écran, quelques vers de Séféris. Photographie Inga Velitchko
Le jour du Printemps, le 21 mars, les éditions Jas sauvages sont parties dans la montagne, dans la paroisse de l’Église protestante unie de Gap.
L’auditoire d’une petite vingtaine de personnes a investi la salle Farel, attenante au temple. L’assistance était constituée non seulement de gapençais, mais aussi d’habitants de la vallée du Buëch amateurs de poésie.
Les lecteurs, Marie-José, Laurence, Petr, Olivier, Sabina, Patrick, et une autre Jacqueline, en plus de moi-même, se sont succédé pour lire des textes de divers auteurs des éditions Jas sauvages:
Olivier lisant « Il existe une faim »
Olivier lisant « Il existe une faim » de Gérard Scripiec a déclenché la première salve d’applaudissements; le public a aussi été amusé par l’humour de certains haïku bibliques d’Étienne Pfender. Le pasteur Petr Skubal avait du mal à imaginer Dieu dans un rocking chair, au septième jour, mais l’image a parlé; quand aux haïku sur les épreuves de Job, lus à deux voix par Laurence et moi-même, ils ont frappé le public par la force de leur confession de foi.
Duo sur des haïku
Jacqueline Wosinski a présenté la poésie de Jean Alexandre et la générosité littéraire et humaine de cet auteur avant de donner un aperçu de son propre livre, nouveauté des Éditions Jas sauvages, évoquant le génocide rwandais sous deux aspects à travers un recueil de poèmes et un essai plus théorique sur la question des blessures et de la résilience.
Jacqueline Wosinski lisant Jean AlexandreLe Rwanda au cœur
Un bel échange, donc, où des lecteurs se sont mis au service des textes et où tout le monde a discuté de l’intérêt et de la spécificité de ces textes littéraire d’expression de la foi.
Patrick Hamard lisant « Sous une arche d’eucalyptus »
Il n’est pas impossible que cette soirée soit suivie d’autres rencontres dans le Buëch!
Mais le lendemain il neigeait dans la région et l’éditrice est vite rentrée dans le sud!
Remerciements à Olivier Siegel pour son reportage photographique!
Ce sera bientôt le Printemps des poètes… Oui, mais qu’est-ce qu’un, ou une, poète? Voici la définition, poétique, de Sylvain Josserand, illustrée par une de ses peintures: La montée au ciel de l’âme.
Le 16 janvier une soirée « Poésie et foi » a été organisée à Vence, dans le cadre de la Semaine de prière pour l’unité des Chrétiens. L’initiative a été lancée par Yves Ughes, poète et paroissien de l’Église protestante unie de Vence.
Une sœur dominicaine illumine l’autel de La Chapelle Matisse. La soirée peut commencer!. Photographie: Jacqueline Assaël
Pris en relais par le pasteur Stefano Mercurio et le père Daniel Brehier,Yves Ughes s’est retrouvé au sein d’une équipe dynamique et efficace, avec le responsable des relations œcuméniques du diocèse, Jean-Marie André, également chef de chœur, une dizaine de choristes et presque autant de lecteurs de poèmes. Ces textes étaient extraits du répertoire de la littérature chrétienne, de saint François d’Assise et Clément Marot jusqu’aux auteurs des éditions Jas sauvages.
L’événement s’est déroulé dans la chapelle du rosaire, aussi appelée chapelle Matisse, car elle a été entièrement pensée et décorée par l’artiste. Le public s’est pressé nombreux, dans la chaleur spirituelle du petit édifice : des paroissiens catholiques, protestants de Grasse et de Vence, des poètes de divers courants de pensée, des invités italiens, une candidate à la mairie de Grasse intéressée par l’art. La poésie de la foi s’est ainsi largement offerte à la société. Il n’y avait plus une place libre dans la chapelle.
Vitrail de La Chapelle Matisse. Photographie Piero Leonardi
Les lectures et les chants se sont succédé. Les diverses œuvres ont égrené des mots pour dire le sentiment de la présence de Dieu ou le prix de la vie des autres, la peur de l’Enfer ou la reconnaissance pour la grâce. Rien de décoratif, mais tout pour suggérer le mystère de l’existence. Le public a frissonné à la prière de François Villon s’imaginant bientôt se balancer au bout d’une corde, les yeux becquetés par les oiseaux de proie : « Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! » ; Yves Ughes l’a lu en communiquant toute sa sensibilité ; avec Drelincourt, les auditeurs se sont vu représenter suggestivement le péché d’Adam ; ils ont frémi, même les luthériens, en entendant le Cantique des créaturesde Saint François d’Assise et sa louange prononcée en français, en italien par Piero Leonardi, et aussi avec la sacralité solennelle du latin : Laudes creaturarum. De même, le Canticorum Jubilo, de Haendel, dans cette langue ancienne, a sans doute déstabilisé les protestants habitués à leur historique À Toi la gloire !, mais les modulations chaloupées de la mélodie dans la nef de la chapelle ont emporté tout le monde, à travers d’automatiques traductions intérieures. Dans tous les cas, la poésie a réveillé l’imagination et les émotions au service de vibrations profondes, en quête de sens et de transcendance.
La chorale. Photographie Jacqueline Assaël
Les lecteurs ont eu à cœur de présenter les poèmes avec simplicité, sans artifice, mais en vivant le message. Ainsi, Maria Blasquez a porté le poème de Pablo Neruda sur « l’amitié éternelle » jusque dans les travées de la chapelle, et a irradié de ce sourire que Gandhi a célébré dans un autre des textes offerts. Nathalie Offredi a enchanté le public avec sa sélection de textes fraternels de Gérard Scripiec.
Des lecteurs. Photographie et montage Jacqueline Assaël
Quand j’ai eu l’honneur et le bonheur de dire quelques-uns de mes poèmes extraits de mon recueil Frère de silence, j’ai été frappée par l’attention du public, en face de moi. Les attitudes étaient caractéristiques : certains étaient un peu penchés en avant comme pour mieux cueillir les paroles et les assimiler en eux. Les visages étaient ouverts et pleins de sympathie. Pas l’ombre d’une indifférence. À l’issue de la manifestation, qui a duré une heure et quarante minutes sans aucune défection, un auditeur est venu partager avec moi les impressions produites sur lui par mes textes et nous avons échangé sur le passage biblique évoquant, selon l’expression à laquelle il tient, « le fin murmure du silence » et sur la situation d’Adam et Ève, juste au moment de leur création, avant la chute.
Une partie du public. Photographie Jacqueline Assaël
Pour tous les auteurs, de telles rencontres sont vitales, car les poèmes disent des confidences qui attendent des oreilles aiguisées pour les entendre. À l’issue de la soirée, le public a tardé à se disperser, chacun interrogeant l’autre sur ses préférences, et chacun est reparti, l’esprit enrichi par quelques mots d’élection qui lui ont particulièrement parlé.
La poésie de la foi a donc rayonné dans la cité et au plus profond de la conscience de chacun.
Le pasteur Stefano Mercurio et le père Daniel Brehier; Anne Sattonnet, femme politique amatrice de poésie; Jean-Marie André, chef de chœur. Photographie et montage: Jacqueline Assaël
Merci aux organisateurs de cet événement particulièrement réussi, particulièrement fort et précieux !
Yves Ughes, un organisateur heureux!. Photographie: Jacqueline Assaël
Compte rendu par « éclats » subjectifs et partiels d’une étude biblique
avec Jacqueline Assaël sur l’épître à Philémon
(Paroisse ÉpudF de Marseille sud-est du 10 janvier 2026)
En préambule, je soulignerai que J. A. a « encadré » sa lecture directe de l’épître en grec par une mise en lien entre la démarche de Paul « offrant » Onésime et celle d’Abraham offrant Isaac. Faisant écho à l’ouvrage Genèse et nouaison, dans lequel elle expose l’interprétation de Kierkegaard du « sacrifice d’Isaac » ; Jacqueline Assaël propose de déduire qu’Isaac était pleinement en accord avec ce que son père avait « entendu » pour se mettre en marche vers le mont Morya.
Notons que cet épisode de l’Ancien Testament pointe vers le fait que le recours ultime est Dieu. La prière d’Abraham et Isaac va vers Dieu et ceci les relie dans la même foi et l’amour-agapè au-delà des liens de filiation !
Mettons la focale sur l’épître étudiée :
Paul écrit à Philémon, qu’il a évangélisé et baptisé à Colosses, car un de ses esclaves – Onésime – s’est enfui de sa maison et réfugié auprès de Paul.
Paul est en captivité et soumis aux lois romaines, il est obligé de renvoyer Onésime chez son maître. Onésime étant devenu chrétien par l’intermédiaire de Paul, aux yeux de ce dernier, la réalité doit être reconsidérée !
Cet esclave (un meuble de la maison de son maître selon le droit en vigueur dans le monde antique) est maintenant un frère en Christ pour Paul et pour Philémon.
Paul utilise cet argument avec finesse mais aussi avec insistance pour que Philémon se prépare à recevoir son esclave en frère…
En s’adressant à son « cher ami », la traduction ne rend pas la force des termes, l’apôtre n’hésite pas à rappeler à Philémon qu’ils sont liés par l’agapè (puissante énergie d’amour dont Dieu est la source) qui ne se limite pas aux sentiments.
Paul fait appel à cette énergie qui meut Philémon depuis sa conversion afin qu’il reçoive favorablement sa requête.
En mentionnant la façon dont Philémon mettait en pratique l’agapè lors de sa conversion, Paul rappelle que la foi doit être manifestée en actes !
Confesser sa foi à un moment donné n’est pas l’aboutissement du cheminement spirituel d’un chrétien. Le chemin se continue en approfondissant la connaissance de Dieu. Cette connaissance conduira à manifester les effets de l’énergie spirituelle (action de l’Esprit-Saint) qui a renouvelé le converti.
En l’occurrence, Paul signifie à Philémon qu’accueillir Onésime en frère manifestera « le bien » auquel l’union avec Jésus Christ conduit quand le converti mobilise cette énergie dont il est désormais dépositaire.
L’apôtre insiste sur cet aspect car il n’ignore pas que l’âme par ses mouvements propres peut s’interposer et empêcher de « faire le bien ». L’anthropologie tridimensionnelle qu’il a développée dans d’autres épîtres permet une lecture éclairée de ce qu’il écrit à Philémon. Nous pourrions le résumer ainsi :
Ta chair (corps et âme) pourrait te conduire à infliger une punition sévère (voire la mort) à Onésime mais considère que ce frère que je pourrais garder auprès de moi – parce que je l’ai mis au monde spirituellement – est « une partie de mes entrailles » que je choisis délibérément de t’envoyer.
Par cet enchainement logique, Paul inscrit en filigrane dans sa lettre que le fait que la plénitude reçue dans l’union spirituelle avec Dieu ne peut pas rester une expérience strictement intime, elle doit aussi se manifester publiquement quand les circonstances le nécessitent.
Une lecture hâtive pourrait conduire à voir en Paul un manipulateur…
Une lecture attentive (de surcroît dans le texte grec) oriente plutôt vers un frère investi d’une autorité indéniable qui refuse de contraindre celui qu’il a amené au Christ. Par là, il choisit de rappeler à Philémon les liens qui les unissent pour que ce dernier reconnaisse en Onésime le frère qu’il est devenu par l’entremise de Paul.
Les résonnances avec le sacrifice d’Isaac sont multiples grâce aux lumières que J.A. nous a apportées :
Paul est lié à Christ depuis son expérience sur le chemin de Damas, lui le zélé pharisien qui avait fait ligoter nombre de disciples de Christ auparavant, Paul est dans les chaînes mais il accepte cette « ligature » au Nom de Christ.
Philémon est lié à Paul parce qu’il a été « enfanté » par le travail d’évangélisation de ce dernier. Onésime est lié à Paul de la même manière et par conséquent, Onésime et Philémon sont liés par l’amour fraternel en Christ. En définitive, comme Abraham était appelé à sacrifier son fils, Philémon est appelé à se tourner vers Dieu pour écouter ce qu’Il a à lui dire au sujet d’Onésime !
Cette courte épître recèle une connaissance bien plus étendue qu’il n’y paraît lors d’une lecture rapide. Sans forcer le texte et la pensée de Paul, il est pertinent de voir ici la façon dont le changement opéré par l’Esprit-Saint dans la profondeur d’un être peut renverser une institution séculaire (l’esclavage) en accomplissant l’évolution d’un disciple sur la voie de la perfection par Christ.
À la différence de la révolution qu’a tenté de conduire Spartacus, 75 ans avant notre ère, il s’agit ici d’un changement intime qui influencera la société et retentira sur le plan politique.
En conclusion, nous méditerons sur les derniers propos de J.A. dans cette étude biblique :
Dans sa souveraineté, Dieu a manifesté en Jésus le profond besoin de tout être humain de changer. Ce changement ne peut survenir que dans l’alliance – toujours des liens – avec Son Fils qui nous conduit jusqu’à l’accomplissement de notre évolution dès que nous choisissons de Lui dire « Oui ».
Le recueil de Jacqueline Wosinski ne laisse personne indifférent. Des lectrices lui expriment leur gratitude.
Avril 1994 : génocide des Tutsi au Rwanda. Le choc
Le sept avril 1994, comme chaque matin, j’écoutais les nouvelles sur Radio France International. Une voix annonça que l’avion qui ramenait le président du Rwanda à Kigali, la capitale, avait été abattu la veille au soir. Le présentateur ajoutait quela première ministre ainsi que les Casques bleus belges qui la protégeaient avaient été tués et que des massacres de personnes identifiées comme Tutsi étaient perpétrés à travers la ville.
J’ai lu ton recueil dans le bus un peu vite et l’ai relu ensuite en mêlant les poèmes avec ton récit. C’est bouleversant et tellement beau … C’est un écrit tout en finesse mais tellement puissant ! Un de ces livres dont la lecture nourrit. Pas de descriptif, juste des liens d’humanité. MERCI. Un livre qui fait la différence : il y a un avant et un après sa lecture….. Je ne dis pas « bravo », c’est de l’ordre du « merci ». C’est l’évangile en action, l’amour au milieu de l’horreur… L’amour qui fait revivre. L’amour qui ne brise pas le lumignon qui fume encore …
Annie B.
Merci pour ton recueil de poèmes magnifique, percutant, émouvant, quel bel hommage à tous nos amis, nos collègues, nos élèves, à Rosa notre rayon de soleil…
Annette V.
ELLE SE NOMMAIT ROSA
Vivait ici Je sais Une simple jeune fille Qui se nommait Rosa Rosa Uwimana[1]
Elle n’avait pour richesse Que courage Et gaieté Plus d’un homme voulut Dessous lui la coucher Mais elle attendait celui Qui chérirait sa source
Peut-être l’avez-vous oubliée Dans sa maison de pisé Prenant soin de ses puînés Travaillant à la houe Son jardin infertile Où se mêlaient agrumes Haricots et maïs
Sa voix claire Dans les tâches ordinaires Rythmait les dons du Père
Peut-être l’avez-vous oubliée Peut-être même direz-vous Qu’elle n’a pas existé Mais elle a cherché le bois Le long de ce sentier Choisi les herbes douces Aux vieux yeux fatigués Et tiré l’eau du puits
Ci-gît une jeune fille Victime d’un génocide Sous une parcelle de terre Entourée de cyprès Charnier nommé cimetière
Elle se nommait Rosa Rosa Uwimana
[1] Kinyarwanda: Uwimana = Français : « Qui est à Dieu ».