










par Jacqueline Assaël

Le 16 janvier une soirée « Poésie et foi » a été organisée à Vence, dans le cadre de la Semaine de prière pour l’unité des Chrétiens. L’initiative a été lancée par Yves Ughes, poète et paroissien de l’Église protestante unie de Vence.

Pris en relais par le pasteur Stefano Mercurio et le père Daniel Brehier,Yves Ughes s’est retrouvé au sein d’une équipe dynamique et efficace, avec le responsable des relations œcuméniques du diocèse, Jean-Marie André, également chef de chœur, une dizaine de choristes et presque autant de lecteurs de poèmes. Ces textes étaient extraits du répertoire de la littérature chrétienne, de saint François d’Assise et Clément Marot jusqu’aux auteurs des éditions Jas sauvages.
L’événement s’est déroulé dans la chapelle du rosaire, aussi appelée chapelle Matisse, car elle a été entièrement pensée et décorée par l’artiste. Le public s’est pressé nombreux, dans la chaleur spirituelle du petit édifice : des paroissiens catholiques, protestants de Grasse et de Vence, des poètes de divers courants de pensée, des invités italiens, une candidate à la mairie de Grasse intéressée par l’art. La poésie de la foi s’est ainsi largement offerte à la société. Il n’y avait plus une place libre dans la chapelle.

Les lectures et les chants se sont succédé. Les diverses œuvres ont égrené des mots pour dire le sentiment de la présence de Dieu ou le prix de la vie des autres, la peur de l’Enfer ou la reconnaissance pour la grâce. Rien de décoratif, mais tout pour suggérer le mystère de l’existence. Le public a frissonné à la prière de François Villon s’imaginant bientôt se balancer au bout d’une corde, les yeux becquetés par les oiseaux de proie : « Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ! » ; Yves Ughes l’a lu en communiquant toute sa sensibilité ; avec Drelincourt, les auditeurs se sont vu représenter suggestivement le péché d’Adam ; ils ont frémi, même les luthériens, en entendant le Cantique des créaturesde Saint François d’Assise et sa louange prononcée en français, en italien par Piero Leonardi, et aussi avec la sacralité solennelle du latin : Laudes creaturarum. De même, le Canticorum Jubilo, de Haendel, dans cette langue ancienne, a sans doute déstabilisé les protestants habitués à leur historique À Toi la gloire !, mais les modulations chaloupées de la mélodie dans la nef de la chapelle ont emporté tout le monde, à travers d’automatiques traductions intérieures. Dans tous les cas, la poésie a réveillé l’imagination et les émotions au service de vibrations profondes, en quête de sens et de transcendance.

Les lecteurs ont eu à cœur de présenter les poèmes avec simplicité, sans artifice, mais en vivant le message. Ainsi, Maria Blasquez a porté le poème de Pablo Neruda sur « l’amitié éternelle » jusque dans les travées de la chapelle, et a irradié de ce sourire que Gandhi a célébré dans un autre des textes offerts. Nathalie Offredi a enchanté le public avec sa sélection de textes fraternels de Gérard Scripiec.

Quand j’ai eu l’honneur et le bonheur de dire quelques-uns de mes poèmes extraits de mon recueil Frère de silence, j’ai été frappée par l’attention du public, en face de moi. Les attitudes étaient caractéristiques : certains étaient un peu penchés en avant comme pour mieux cueillir les paroles et les assimiler en eux. Les visages étaient ouverts et pleins de sympathie. Pas l’ombre d’une indifférence. À l’issue de la manifestation, qui a duré une heure et quarante minutes sans aucune défection, un auditeur est venu partager avec moi les impressions produites sur lui par mes textes et nous avons échangé sur le passage biblique évoquant, selon l’expression à laquelle il tient, « le fin murmure du silence » et sur la situation d’Adam et Ève, juste au moment de leur création, avant la chute.

Pour tous les auteurs, de telles rencontres sont vitales, car les poèmes disent des confidences qui attendent des oreilles aiguisées pour les entendre. À l’issue de la soirée, le public a tardé à se disperser, chacun interrogeant l’autre sur ses préférences, et chacun est reparti, l’esprit enrichi par quelques mots d’élection qui lui ont particulièrement parlé.
La poésie de la foi a donc rayonné dans la cité et au plus profond de la conscience de chacun.

Merci aux organisateurs de cet événement particulièrement réussi, particulièrement fort et précieux !




Compte rendu par « éclats » subjectifs et partiels d’une étude biblique
avec Jacqueline Assaël sur l’épître à Philémon
(Paroisse ÉpudF de Marseille sud-est du 10 janvier 2026)

En préambule, je soulignerai que J. A. a « encadré » sa lecture directe de l’épître en grec par une mise en lien entre la démarche de Paul « offrant » Onésime et celle d’Abraham offrant Isaac. Faisant écho à l’ouvrage Genèse et nouaison, dans lequel elle expose l’interprétation de Kierkegaard du « sacrifice d’Isaac » ; Jacqueline Assaël propose de déduire qu’Isaac était pleinement en accord avec ce que son père avait « entendu » pour se mettre en marche vers le mont Morya.

Notons que cet épisode de l’Ancien Testament pointe vers le fait que le recours ultime est Dieu. La prière d’Abraham et Isaac va vers Dieu et ceci les relie dans la même foi et l’amour-agapè au-delà des liens de filiation !
Mettons la focale sur l’épître étudiée :
Paul écrit à Philémon, qu’il a évangélisé et baptisé à Colosses, car un de ses esclaves – Onésime – s’est enfui de sa maison et réfugié auprès de Paul.
Paul est en captivité et soumis aux lois romaines, il est obligé de renvoyer Onésime chez son maître. Onésime étant devenu chrétien par l’intermédiaire de Paul, aux yeux de ce dernier, la réalité doit être reconsidérée !
Cet esclave (un meuble de la maison de son maître selon le droit en vigueur dans le monde antique) est maintenant un frère en Christ pour Paul et pour Philémon.
Paul utilise cet argument avec finesse mais aussi avec insistance pour que Philémon se prépare à recevoir son esclave en frère…
En s’adressant à son « cher ami », la traduction ne rend pas la force des termes, l’apôtre n’hésite pas à rappeler à Philémon qu’ils sont liés par l’agapè (puissante énergie d’amour dont Dieu est la source) qui ne se limite pas aux sentiments.
Paul fait appel à cette énergie qui meut Philémon depuis sa conversion afin qu’il reçoive favorablement sa requête.
En mentionnant la façon dont Philémon mettait en pratique l’agapè lors de sa conversion, Paul rappelle que la foi doit être manifestée en actes !
Confesser sa foi à un moment donné n’est pas l’aboutissement du cheminement spirituel d’un chrétien. Le chemin se continue en approfondissant la connaissance de Dieu. Cette connaissance conduira à manifester les effets de l’énergie spirituelle (action de l’Esprit-Saint) qui a renouvelé le converti.
En l’occurrence, Paul signifie à Philémon qu’accueillir Onésime en frère manifestera « le bien » auquel l’union avec Jésus Christ conduit quand le converti mobilise cette énergie dont il est désormais dépositaire.
L’apôtre insiste sur cet aspect car il n’ignore pas que l’âme par ses mouvements propres peut s’interposer et empêcher de « faire le bien ». L’anthropologie tridimensionnelle qu’il a développée dans d’autres épîtres permet une lecture éclairée de ce qu’il écrit à Philémon. Nous pourrions le résumer ainsi :
Ta chair (corps et âme) pourrait te conduire à infliger une punition sévère (voire la mort) à Onésime mais considère que ce frère que je pourrais garder auprès de moi – parce que je l’ai mis au monde spirituellement – est « une partie de mes entrailles » que je choisis délibérément de t’envoyer.
Par cet enchainement logique, Paul inscrit en filigrane dans sa lettre que le fait que la plénitude reçue dans l’union spirituelle avec Dieu ne peut pas rester une expérience strictement intime, elle doit aussi se manifester publiquement quand les circonstances le nécessitent.
Une lecture hâtive pourrait conduire à voir en Paul un manipulateur…
Une lecture attentive (de surcroît dans le texte grec) oriente plutôt vers un frère investi d’une autorité indéniable qui refuse de contraindre celui qu’il a amené au Christ. Par là, il choisit de rappeler à Philémon les liens qui les unissent pour que ce dernier reconnaisse en Onésime le frère qu’il est devenu par l’entremise de Paul.
Les résonnances avec le sacrifice d’Isaac sont multiples grâce aux lumières que J.A. nous a apportées :
Paul est lié à Christ depuis son expérience sur le chemin de Damas, lui le zélé pharisien qui avait fait ligoter nombre de disciples de Christ auparavant, Paul est dans les chaînes mais il accepte cette « ligature » au Nom de Christ.
Philémon est lié à Paul parce qu’il a été « enfanté » par le travail d’évangélisation de ce dernier. Onésime est lié à Paul de la même manière et par conséquent, Onésime et Philémon sont liés par l’amour fraternel en Christ. En définitive, comme Abraham était appelé à sacrifier son fils, Philémon est appelé à se tourner vers Dieu pour écouter ce qu’Il a à lui dire au sujet d’Onésime !

Cette courte épître recèle une connaissance bien plus étendue qu’il n’y paraît lors d’une lecture rapide. Sans forcer le texte et la pensée de Paul, il est pertinent de voir ici la façon dont le changement opéré par l’Esprit-Saint dans la profondeur d’un être peut renverser une institution séculaire (l’esclavage) en accomplissant l’évolution d’un disciple sur la voie de la perfection par Christ.
À la différence de la révolution qu’a tenté de conduire Spartacus, 75 ans avant notre ère, il s’agit ici d’un changement intime qui influencera la société et retentira sur le plan politique.
En conclusion, nous méditerons sur les derniers propos de J.A. dans cette étude biblique :
Dans sa souveraineté, Dieu a manifesté en Jésus le profond besoin de tout être humain de changer. Ce changement ne peut survenir que dans l’alliance – toujours des liens – avec Son Fils qui nous conduit jusqu’à l’accomplissement de notre évolution dès que nous choisissons de Lui dire « Oui ».
Le recueil de Jacqueline Wosinski ne laisse personne indifférent. Des lectrices lui expriment leur gratitude.
Avril 1994 : génocide des Tutsi au Rwanda. Le choc
Le sept avril 1994, comme chaque matin, j’écoutais les nouvelles sur Radio France International. Une voix annonça que l’avion qui ramenait le président du Rwanda à Kigali, la capitale, avait été abattu la veille au soir. Le présentateur ajoutait que la première ministre ainsi que les Casques bleus belges qui la protégeaient avaient été tués et que des massacres de personnes identifiées comme Tutsi étaient perpétrés à travers la ville.J’ai lu ton recueil dans le bus un peu vite et l’ai relu ensuite en mêlant les poèmes avec ton récit.
C’est bouleversant et tellement beau …
C’est un écrit tout en finesse mais tellement puissant !
Un de ces livres dont la lecture nourrit.
Pas de descriptif, juste des liens d’humanité. MERCI.
Un livre qui fait la différence : il y a un avant et un après sa lecture…..
Je ne dis pas « bravo », c’est de l’ordre du « merci ».
C’est l’évangile en action, l’amour au milieu de l’horreur…
L’amour qui fait revivre.
L’amour qui ne brise pas le lumignon qui fume encore …
Annie B.
Merci pour ton recueil de poèmes magnifique, percutant, émouvant, quel bel hommage à tous nos amis, nos collègues, nos élèves, à Rosa notre rayon de soleil…
Annette V.
ELLE SE NOMMAIT ROSA
Vivait ici
Je sais
Une simple jeune fille
Qui se nommait Rosa
Rosa Uwimana[1]
Elle n’avait pour richesse
Que courage
Et gaieté
Plus d’un homme voulut
Dessous lui la coucher
Mais elle attendait celui
Qui chérirait sa source
Peut-être l’avez-vous oubliée
Dans sa maison de pisé
Prenant soin de ses puînés
Travaillant à la houe
Son jardin infertile
Où se mêlaient agrumes
Haricots et maïs
Sa voix claire
Dans les tâches ordinaires
Rythmait les dons du Père
Peut-être l’avez-vous oubliée
Peut-être même direz-vous
Qu’elle n’a pas existé
Mais elle a cherché le bois
Le long de ce sentier
Choisi les herbes douces
Aux vieux yeux fatigués
Et tiré l’eau du puits
Ci-gît une jeune fille
Victime d’un génocide
Sous une parcelle de terre
Entourée de cyprès
Charnier nommé cimetière
Elle se nommait Rosa
Rosa Uwimana
[1] Kinyarwanda: Uwimana = Français : « Qui est à Dieu ».

L’antique poète grec, Pindare (VIème-Vème siècles avant J.-C.), dessine en 2 vers le chemin d’une existence, celle d’Aristoménès d’Égine, lutteur, qui, après un certain nombre d’épreuves sévères parmi les hommes, remporte une victoire aux Jeux Pythiques et aboutit à la sensation de la caresse lumineuse de Zeus.
(Les Jeux Pythiques se déroulaient à Delphes, en alternance avec d’autres Jeux, dans d’autres cités grecques, et avec les Jeux Olympiques, beaucoup plus connus.)

Quelques éléments de commentaire:
Pour commencer dans la carrière, il a certainement fallu qu’Aristoménès d’Égine, lutteur, remporte un premier combat, sans même imaginer que ce modeste triomphe déclencherait un jour un couronnement aux Jeux Pythiques. Pindare sait que l’autorisation de se mettre en route est aussi enthousiasmante que l’accomplissement d’une vocation, situé au point d’arrivée. Car cette libération met en œuvre des forces juvéniles et tout un déploiement de soi, telle la mue d’une cigale. La lutte commence donc par une provision de vivres, attribuée comme des arrhes, sur le chemin.
Dans le dos d’Aristoménès, des intrigues sont fomentées, à Égine. Pindare ne s’y attarde pas, au début de son ode où il les mentionne un peu obscurément. Il préfère orienter le projecteur vers l’athlète. Mais justement, après la suavité du triomphe initial, il annonce des époques plus sombres où « le charme déchoit », des temps où la violence des ouragans a des effets ravageurs et laisse les athlètes à terre. Bien des obstacles ont dû guetter le lutteur d’Égine : les blessures physiques, la supériorité des concurrents, les refus contestables de sélection aux divers concours de la Grèce…
Alors surgit le doute, même si s’abstrayant d’une écume conjoncturelle, il s’enfonce sourdement, obstinément, dans son cœur de métier. Car les athlètes n’ont qu’une carrière assez brève. Or, quand Pindare assène cette évaluation : « De l’ombre, un songe… », c’est l’épaisseur du rien, sa profondeur infinie, qui est en cause, la proclamation définitive du néant de l’activité humaine.
Pindare répond, comme un oracle. En quelques mots, il nous retourne et nous convertit à la lumière : une victoire aux Jeux pythiques, ce n’est pas rien. La victoire d’Aristoménès, à Delphes, accorde une mémoire éternelle à son exploit, peut-être à travers une inscription épigraphique, dans le marbre d’Égine, certainement grâce à l’ode de Pindare, mais, fondamentalement, à travers la confiance, désormais imprenable, qui s’inscrit dans son esprit.
Cette victoire n’est pas un hasard, car l’athlète s’est sérieusement entraîné, longtemps. Mais elle aurait pu lui échapper. Bien sûr, il a consulté l’oracle de Delphes, qui la lui a certifiée. L’athlète y croit, mais, tout à la fois, il demeure incrédule, car les paroles de la Pythie ne laissent jamais d’être ambiguës. Alors, malgré tout, malgré sa voix intérieure, qui lui donne son assurance, il ressent son succès comme un miracle, un don imprévisible de Zeus qui advient alors qu’il ne l’attendait plus, au bout du temps qui s’effritait, morose, dans la poussière des palestres, alors qu’il pensait en lui-même : « De l’ombre, un songe : un humain ». C’est précisément la secousse de la surprise, comme un éveil à une autre qualité de la vie, qui donne à son exploit la saveur de la victoire.
Le lutteur a alors l’impression d’entrer dans un état où il pourra boire constamment en lui l’ode pindarique qui lui est dédiée, parce que, désormais, l’épaisseur du rêve est devenue réalité. Il sait qu’il pourra combattre encore, sans âpreté, avec un calme intérieur ; il sait qu’il éprouvera, sans plus jamais de trouble, l’élégance des gestes de la lutte qui révèle l’inhabitation du corps ; et qu’il continuera à inscrire dans l’imagination des hommes la stylisation de son art, manière d’enrichir la somme des représentations entraînant insensiblement le monde vers la conscience joyeuse de soi. Pendant longtemps, il a cru que tout était vain : « D’une ombre, le songe ». Mais, de la profondeur du réel, un frémissement a surgi, le faisceau d’une lueur.
Le poète grec évoque sa clarté à travers des termes évoquant des nuances très subtiles: « un rayon », « une limpidité », « un éclat ». Aristoménès y voit une intensité de lumière, dans le substrat de douceur d’une joie sereine.
Philippe Depierre nous offre quelques poèmes et un éclairage personnel pour lire la poésie
1. Les poèmes

La rose n’attend pas sa mort
pour me léguer son héritage
Que fais-je alors de cette somme
qui des poches de l’âme tombe ?

~
La mer poursuit ses injonctions
dans ses vagues d’exclamation
N’ayez pas peur d’échouer !
~

Le printemps prétend dans ses prés
vivre au-dessus de ses moyens
en dépensant sans compter
ses économies d’hiver
~

Les glaciers gardent leur sang-froid
au sein du vertige céleste
C’est vrai qu’ils ont les pieds sur terre
~

La phrase charge aux frontières
sa police en majuscule
du contrôle intransigeant
de tous les mots de passage
dont le visa garantit
la poésie
*
2. Quelques clés de lecture
Le poème s’arrête sur une manifestation des choses de la vie naturelle, humaine ou sur un attrait du langage, dans l’intensité de leur beauté et de leur mystère. Cela conduit à la question : qu’est-ce que cela veut dire comme bonne nouvelle pour nous les vivants ?
La floraison de la rose, la mer et ses vagues sur le rivage, le glacier haut, lointain et froid, la phrase et ses majuscules…
Des détails d’une grande banalité qui pourtant contiennent chacun une richesse existentielle et spirituelle, inépuisable et une leçon pour mieux vivre.
Le don de la rose est généreusement total dans sa beauté pour moi qui suis alors encouragé à transmettre son héritage. Comme les glaciers face à l’infini du ciel parviennent à ne pas perdre la raison en conservant un attachement à la terre, ainsi pouvons-nous considérer ce qui nous dépasse sans devenir fous. La chute d’une feuille qui rejoint l’herbe est un message de l’automne à vivre à deux pour surmonter l’hiver, ou les difficultés de la vie.Cette interprétation sera saisie dans une lecture lente, vigilante à la polysémie des mots, à leur connotation, à leur sonorité. Le poète demande de la confiance en la densité et en la fluidité des textes, pour une récompense d’unité, de lumière, de douceur, d’humanité, d’amour et de rapprochement avec Dieu.
3. L’auteur
Âgé de 59 ans et vivant dans le Vaucluse, Philippe Depierre est un professeur de français dans le secondaire, passionné de poésie et de prière dans le Christ. Il vient de sortir aux éditions Saint-Léger son premier recueil de poèmes intitulé Foi de fleurs.
4. Et maintenant, il reste à relire lentement, les poèmes, en repérant les mots inattendus qui ajoutent encore et encore du sens. C’est tout l’art de la poésie!
Photographies: Jacqueline Assaël

Dans la série: » Les éditions Jas sauvages à l’international »












Du vendredi 16 mai à 19h00 au dimanche 18 mai 2025 à 17h00, ce colloque intitulé « L’Esprit dans la Bible » s’est tenu à l’Espace Magnan de l’EPUF Marseille.
Ouvert avec dynamisme par la conférence «L’activité créatrice de l’Esprit » conduite par Céline Rohmer le vendredi soir, il a été clôturé avec le même dynamisme dimanche par Jacqueline Assaël qui nous a partagé ses découvertes sur « L’Esprit et la genèse de Jésus-Christ ».
Dire que ce colloque a été très riche est un euphémisme. Personnellement j’attends les actes pour me replonger dans chaque contribution car mes notes sont lacunaires. Or le contenu de chacune des contributions mérite d’être repris pour apprécier tout l’éventail des approches qui nous ont été proposées.
Céline Rohmer nous a d’emblée montré comment Pneuma « Esprit/esprit » est employé dans le Nouveau Testament. Sachant que Paul, Luc et Jean ont partagé cette acception de Pneuma. Historiquement, Paul a été le premier à utiliser ce terme pour une signification précise. Rien que dans ses textes, 117 occurrences ont été relevées !
Je retiendrai deux points de cette contribution, mais tous les autres – ils sont nombreux- méritent d’être «ruminés » :
Le lendemain matin, atelier de philologie « La double prédestination de Calvin » dirigé par Jacqueline Assaël.

Il est ressorti de cette heure de travail en groupe que l’interprétation de l’Épître aux Éphésiens proposée par Calvin pour formuler « la théorie de la double prédestination » se fonde sur des contresens. Ces contresens ne résistent ni à l’étude philologique rigoureuse du texte, ni à l’examen critique des arguments de Calvin en particulier dans le chapitre XXII de son livre III.


Après la pause repas, Stephen Backman (nouveau président du Conseil Régional de l’EPUDF en PACCA) a exprimé combien il se réjouissait de manifestations telles que Théo-Lettres. Sa courte allocution terminée, il a cédé la parole à Jonathan Thiessen pour : « Pneuma dans la pensée populaire et le langage courant du premier siècle. »
Jonathan a exposé les résultats de sa recherche philologique sur les significations de pneuma chez les auteurs du premier siècle (ap. J.C) en dehors du N.T.

Nous avons appris que pneuma ne signifie jamais « esprit » en dehors des Évangiles et des épîtres du Nouveau Testament. Ce terme désigne toujours quelque chose de matériel que ce soit en médecine, en météorologie ou dans le domaine religieux (les pythies recevaient leur inspiration de vapeurs montant de crevasses du sol). En conclusion de ce travail d’helléniste, Jonathan a postulé que le «pneuma esprit » ne se trouve que dans la littérature juive et chrétienne du premier siècle. Dans tous les autres textes grecs qu’il a examinés, pneuma recouvre des significations matérielles et impersonnelles.
Christian Boudignon a pris la suite tout en restant dans le monde grec puisque son exposé intitulé « Prier en Esprit : La prière dans la Bible selon Origène » a développé ce que signifiait prier pour Origène (vers 185 à 253). À travers la synthèse de son étude de l’ouvrage d’Origène La prière dans la Bible (v. 235), nous avons eu accès à la conception de la prière d’Origène. En particulier (mais pas seulement) le fait que seul l’Esprit Saint«sur-intercède » pour nous auprès du Père. Là encore, la lecture des actes donnera la mesure du travail présenté par C. Boudignon.
Avec Yves Parrend « Esprit et souffle dans la littérature sapientiale. Une réflexion pour notre temps » nous sommes remontés dans le temps.
Cette contribution nous a plongés dans l’anthropologie hébraïque à travers les textes de l’Ecclésiaste, des Proverbes, de Job et des deutérocanoniques : Siracide et Sagesse de Salomon.
À la grande différence de notre culture, l’intelligence a pour siège le cœur, la conscience : les reins, et enfin le sang est celui de la vie. Par une riche argumentation Yves Parrend a exposé ce qui a conduit à traduire Néfesh par Psyché, Rouah par Pneuma, et Neshama par Pnoè. Ainsi, les significations des termes hébreux ont été déclinées de façon à éclairer une conception de la Sagesse et la vision de l’être humain dans ces textes sapientiaux.
Jean Alexandre a poursuivi par : « Un souffle habité ». Il a développé la dimension poétique des textes écrits en hébreu. Du fait que ces textes doivent être oralisés, Jean Alexandre a insisté sur les significations ancrées dans la perception comme par exemple « ROUAH » dont la racine verbale signifie « sentir, respirer, etc. » ; à ce titre, il recommande de traduire le mot par « Souffle » plutôt qu’Esprit. Les passionnants développements sur le texte de Genèse, puis sur les effets de la traduction en grec (Septante) et des différents glissements sémantiques jusqu’à la rédaction des textes du Nouveau Testament, méritent d’être savourés en lisant les actes du colloque !
La contribution de Benoît Benhamou (dont le directeur de recherches est C. Boudignon) nous a ramenés chez Origène puisqu’il nous a présenté sa compréhension des textes : «Les trois baptêmes (eau, Esprit , feu) selon Origène». Cet exposé ne peut pas être synthétisé tant il était riche et dense. Je retiendrai juste le propos sur Elisabeth qui « criera » sous l’action de l’Esprit saint en accueillant sa cousine Marie. Il ne s’agissait pas de volume sonore mais de d’intensité de la parole jaillissant sous l’inspiration. Cette considération conduit directement à la clôture du colloque avec la contribution de Jacqueline Assaël « L’Esprit saint viendra sur toi » (Luc 1, 35). Genèses et spiritualités ». Sous-titre : « L’esprit et la genèse de Jésus Christ ». Et là, je crée un puissant « suspens » en invitant toutes celles et ceux qui veulent connaître la teneur de la contribution dynamisante (saisissante, selon mon ressenti) de Jacqueline Assaël à en lire l’intégralité dans les actes qui seront publiés avant la fin de l’année !
