Ce sera bientôt le Printemps des poètes… Oui, mais qu’est-ce qu’un, ou une, poète? Voici la définition, poétique, de Sylvain Josserand, illustrée par une de ses peintures: La montée au ciel de l’âme.


Ce sera bientôt le Printemps des poètes… Oui, mais qu’est-ce qu’un, ou une, poète? Voici la définition, poétique, de Sylvain Josserand, illustrée par une de ses peintures: La montée au ciel de l’âme.


Philippe Depierre nous offre quelques poèmes et un éclairage personnel pour lire la poésie
1. Les poèmes

La rose n’attend pas sa mort
pour me léguer son héritage
Que fais-je alors de cette somme
qui des poches de l’âme tombe ?

~
La mer poursuit ses injonctions
dans ses vagues d’exclamation
N’ayez pas peur d’échouer !
~

Le printemps prétend dans ses prés
vivre au-dessus de ses moyens
en dépensant sans compter
ses économies d’hiver
~

Les glaciers gardent leur sang-froid
au sein du vertige céleste
C’est vrai qu’ils ont les pieds sur terre
~

La phrase charge aux frontières
sa police en majuscule
du contrôle intransigeant
de tous les mots de passage
dont le visa garantit
la poésie
*
2. Quelques clés de lecture
Le poème s’arrête sur une manifestation des choses de la vie naturelle, humaine ou sur un attrait du langage, dans l’intensité de leur beauté et de leur mystère. Cela conduit à la question : qu’est-ce que cela veut dire comme bonne nouvelle pour nous les vivants ?
La floraison de la rose, la mer et ses vagues sur le rivage, le glacier haut, lointain et froid, la phrase et ses majuscules…
Des détails d’une grande banalité qui pourtant contiennent chacun une richesse existentielle et spirituelle, inépuisable et une leçon pour mieux vivre.
Le don de la rose est généreusement total dans sa beauté pour moi qui suis alors encouragé à transmettre son héritage. Comme les glaciers face à l’infini du ciel parviennent à ne pas perdre la raison en conservant un attachement à la terre, ainsi pouvons-nous considérer ce qui nous dépasse sans devenir fous. La chute d’une feuille qui rejoint l’herbe est un message de l’automne à vivre à deux pour surmonter l’hiver, ou les difficultés de la vie.Cette interprétation sera saisie dans une lecture lente, vigilante à la polysémie des mots, à leur connotation, à leur sonorité. Le poète demande de la confiance en la densité et en la fluidité des textes, pour une récompense d’unité, de lumière, de douceur, d’humanité, d’amour et de rapprochement avec Dieu.
3. L’auteur
Âgé de 59 ans et vivant dans le Vaucluse, Philippe Depierre est un professeur de français dans le secondaire, passionné de poésie et de prière dans le Christ. Il vient de sortir aux éditions Saint-Léger son premier recueil de poèmes intitulé Foi de fleurs.
4. Et maintenant, il reste à relire lentement, les poèmes, en repérant les mots inattendus qui ajoutent encore et encore du sens. C’est tout l’art de la poésie!
Photographies: Jacqueline Assaël





Simon-Pierre Valli s’intéresse à la fois à la Bible, aux langues anciennes et à la poésie. Il nous propose la traduction d’un extrait d’un poète de langue latine, Juvencus, aristocrate d’Hispanie, très probablement premier converti de sa famille, puis prêtre au IVème siècle, auteur de la première célébration poétique de la doctrine du Salut en Jésus-Christ, sous forme de paraphrase des Évangiles. Cette œuvre de plus de 3000 vers s’intitule: Livres des Évangiles; elle date de l’an 325 environ; son auteur s’inspire principalement de l’Évangile de Matthieu.
Le passage constitue une réécriture de l’épisode biblique des Noces de Cana. Simon-Pierre Valli en apprécie le style sobrement virgilien. Il nous introduit dans une grande tradition poétique, puisque Juvencus aura lui-même une grande influence sur Pétrarque.
Cette entreprise de réécriture initiée en l’occurrence par Juvencus, puis la traduction établie par Simon-Pierre Valli constituent en quelque sorte la création d’un relais dans la transmission d’une méditation chrétienne, sous le signe de la beauté poétique. Il n’est qu’à voir les métaphores employées pour désigner le vin, et le souffle qu’elles insufflent à l’évocation de la puissance qui se manifeste à travers le geste du Christ: « écume », « effluve »… Le vocabulaire suggère la force et le mystère spirituel. La traduction versifiée, artiste, à la fois fidèle et libre, s’autorise quelques écarts justifiés en note.


« Entre lettres et théologie, je vogue depuis de nombreuses années, poussée par les vents de mes préférences et de mes études. La forme du haïku m’a séduite par sa brièveté, son sens du concret et de l’éternité. Il naît d’une rencontre entre la Parole qui s’incarne dans la vie et ma plume. » (Catherine Peterschmitt)














Pascale Cougard nous a envoyé des textes écrits dans la pensée du « Printemps des poètes », sur la grâce

Le mot « grâce »
il est court et simple
et compliqué à expliquer
de grâce
– semble-t-il dire –
pas de phrases
parlons bref
un peu poème
tout le monde sait que je suis du bon côté des choses
que voulez-vous de plus
*
je suis l’inattendu qui vient toucher la porte
de qui va sortir au matin de son temps
Création
Le poème s’avance doucement
poussant la porte invisible
de l ‘être
les yeux bandés
les mots posent en tremblant
leurs doigts légers
tout autour de l’émotion
cette terre incolore
vivante
dont ils cherchent la forme
ils devinent un puits de fin silence
où glisser leur lumière
pour sculpter dans l’ombre
le beau vase où fleurira la grâce
Écoute
Ici dans ta cellule de silence
parloir où Dieu converse
une lueur palpite
au rebord
de la haute fenêtre
des Ecritures
l’espace blanc des pages
dévoilé avec lenteur
ouvre un chant pur
viens Seigneur
prends ta place
elle t’attend
Comme l’oiseau reçoit l’espace
dans le grain
donne-moi ta Parole